parler c’est labourer l’obscur en soi
la parole ne cherche pas toujours un destinataire
ni même un sens partageable
elle creuse retourne la terre mentale déplace
les couches enfouies
l’angoisse en est le soc l’obstination
le tranchant
écrire ou parler revient alors
à déniveler la pensée
à défaire ses pentes familières pour atteindre
une profondeur qui ne se livre pas
autrement
non pas exprimer ce que l’on sait
mais ouvrir en soi le lieu
où quelque chose
encore inconnu
peut advenir
faire une expérience
c’est consentir à sa propre transformation quelque chose nous arrive que nous ne pouvons entièrement conduire ni prévoir
l’expérience suspend nos certitudes défait l’identité qui nous maintenait dans le même et nous expose à l’inconnu
nous croyions être le sujet de ce qui nous arrive nous découvrons que nous en sommes aussi le lieu de passage l’expérience ne confirme pas ce que nous sommes
elle fait advenir celui que nous ne sommes pas encore connaître dès lors ce n’est pas seulement accumuler du savoir c’est perdre une forme de soi pour laisser naître une autre manière d’être au monde

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