une fragilité qui persiste sans se défendre
la neige ne recouvre pas entièrement les feuilles
elle les révèle autrement
le rouge devient plus sourd
le vert plus sombre
le jaune presque minéral
chaque couleur semble avoir traversé une longue durée
pour parvenir jusqu’à nous
dans cet état de suspension
les feuilles ne composent plus un feuillage
mais une constellation terrestre
une cartographie de ce qui demeure après la saison.
la neige ici n’efface pas
elle déplace la visibilité
elle rend les formes plus incertaines les contours moins sûrs
les couleurs presque irréelles
elle nous oblige à regarder ce que nous n’aurions peut-être
pas remarqué sans elle
et puis cette grande plage blanche en bas de l’image
où presque rien ne se passe
elle donne aux feuilles une solitude particulière
elles ne sont plus tout à fait dans le monde végétal
pas encore dans celui de la disparition
Je pense à ces instants de montagne où la première gelée blanche
transforme un paysage familier
en un lieu inconnu
rien n’a véritablement changé
sinon les conditions de notre perception.
la neige ne dit pas que la vie s’arrête
elle montre la vie au seuil de son effacement
dans ce seuil
quelque chose demeure
quelques couleurs des lignes
une résistance presque imperceptible
comme si le monde
avant de disparaître sous le blanc
nous accordait une dernière leçon d’attention
il y a quelque chose d’étrange dans cette végétation
elle paraît à la fois morte et vivante
abandonnée et résistante
les tiges noires dessinent une écriture
désordonnée sur la blancheur
les feuilles ne composent plus un feuillage
mais une constellation terrestre
une cartographie de ce qui demeure après la saison

















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire