son
interrogation
fondamentale pourrait se formuler
ainsi
qu’est-ce qui nous arrive lorsque le monde se manifeste
avant que nous ayons pu lui donner un sens
l’événement et l’ouverture
exister ne consiste pas seulement à occuper une place dans un monde déjà constitué c’est être exposé à l’événement à ce qui survient sans pouvoir être entièrement prévu calculé ou intégré à nos habitudes
l’événement véritable n’est pas simplement un fait nouveau il bouleverse notre manière d’être au monde il ouvre une possibilité que nous ne pouvions pas anticiper
il nomme transpassibilité cette capacité d’être ouvert à ce qui
ne peut être prévu à partir de nos possibilités
déjà connues
une disponibilité à l’imprévisible sans garantie
que nous puissions le maîtriser
le monde n’est donc pas seulement ce que nous percevons
il est aussi ce qui nous atteint
l’art comme apparition
dans Regard parole espace il explore la peinture la poésie et l’architecture pour comprendre comment une œuvre fait surgir un monde
l’œuvre ne se contente pas de représenter une réalité préexistante elle instaure un espace une présence une manière nouvelle d’habiter le visible
une peinture n’est pas seulement une surface couverte de couleurs elle peut ouvrir un espace que le regard n’avait jamais rencontré
un poème n’est pas seulement un assemblage de mots il peut transformer notre rapport à la langue faire apparaître une dimension de l’expérience que le discours ordinaire laissait dans l’ombre
l’art n’ajoute pas simplement quelque chose au monde: il rend possible une nouvelle rencontre avec lui
le sentir avant le savoir
il accorde une importance essentielle
au sentir
percevoir n’est pas enregistrer passivement des informations
c’est être engagé corporellement dans une relation au monde
avant de reconnaître un paysage nous pouvons être saisis par
sa lumière son étendue son rythme.
avant de comprendre une œuvre nous pouvons en éprouver
l’ouverture ou le bouleversement
cette pensée ne condamne pas la raison elle rappelle qu’elle repose
sur une expérience plus originaire qu’elle ne peut
entièrement remplacer
une phénoménologie de l’imprévisible
le vent change
la lumière se retire
le chemin demeure
mais ce n’est plus le même chemin
quelque chose a eu lieu
que rien ne préparait
et le monde
un instant
s’ouvre
Henri Maldiney
nous invite à penser l’existence
non comme la maîtrise progressive d’un monde connu,
mais comme la capacité d’accueillir
ce qui survient et nous transforme
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