un poète français
qui entreprit de rendre aux choses leur présence leur épaisseur
et leur étrangeté
avec
Le Parti pris des choses
publié en 1942 il déplace le centre de gravité de la poésie
non plus l’expression des sentiments du poète mais l’attention
portée aux objets les plus ordinaires
le savon le cageot l’huître
le pain le galet
tout ce que le regard traverse sans s’arrêter devient
matière à exploration
Ponge ne demande pas aux choses
de symboliser l’homme
il cherche au contraire à desserrer l’emprise
du langage humain sur elles
il faut laisser les choses parler contre
les habitudes de la parole
l’objet et le mot
chez Ponge écrire consiste à recommencer la description le premier mot ne suffit pas il faut examiner les formes les matières les sons les usages revenir sur une expression en éprouver les limites chercher une formulation plus juste
le poème devient un atelier
l’objet résiste au langage
le langage revient à l’objet
entre les deux le texte travaille
cette recherche
ne vise pas toujours
une description définitive
elle révèle plutôt l’impossibilité d’épuiser une chose par les mots
tout en faisant de cette impossibilité
le moteur de l’écriture
une philosophie de la présence
Ponge refuse que le monde ne soit qu’un décor pour la conscience humaine les choses possèdent leur matérialité leurs lois leur manière d’être le poète doit apprendre à les regarder sans les réduire immédiatement à ce qu’elles évoquent pour lui
la poésie devient ainsi
une discipline de décentrement
sortir de soi suspendre l’émotion préfabriquée
rendre au réel son opacité
une pierre sa masse sa surface
ses cassures
aucune morale aucun
symbole
seulement la chose et le temps nécessaire
pour la regarder
Francis Ponge
nous enseigne que décrire le monde
est déjà une manière de transformer notre rapport à lui
regarder assez précisément
pour que l’ordinaire redevienne inconnu

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