les paysages les saisons les chemins et les êtres rencontrés forment
une expérience d’une extrême intensité sans qu'il soit
nécessaire de les convertir en symboles
il ne cherche pas à décrire la nature comme un spectacle extérieur il tente d’atteindre ce moment fragile où le monde cesse d’être un objet posé devant nous et devient une présence qui nous traverse
les chemins les champs les arbres les saisons la lumière : tout est observé avec une patience presque ascétique le paysage n’est jamais un simple décor il est le lieu d’une rencontre entre le visible et l’invisible entre la solitude du marcheur et une réalité qui excède son individualité
la marche comme révélation
marcher n’est pas aller quelque part
c’est se rendre disponible
le chemin se prolonge dans la conscience le rythme des pas s’accorde à celui des saisons une apparition minuscule une herbe un arbre dans la brume une lumière sur les prés peut soudain ouvrir une profondeur inattendue
cette attention n’aboutit pas à une connaissance définitive elle s’approche plutôt d’une communion toujours fugitive avec le vivant
il entretient ainsi une relation singulière avec la poésie romantique notamment celle de Novalis et de Hölderlin mais son lyrisme demeure attaché à la terre concrète aux travaux agricoles aux gestes et aux transformations du paysage
l’absence et la présence
son œuvre est traversée
par une tension
entre l’intensité de l’apparition et son retrait
le monde se donne
mais ne se laisse jamais entièrement posséder
la poésie garde la trace
de cette rencontre sans prétendre la retenir
un chemin dans l’herbe
la lumière basse un arbre immobile
je marche et le paysage
s’approche
rien ne m’appartient pas même cette minute
où tout semble accordé
Gustave Roud
nous apprend à regarder sans prendre
à marcher sans conquérir à demeurer
assez longtemps dans un lieu
pour que sa présence
devienne
une expérience intérieure
Gustave Roud 1897–1976 fut un poète traducteur et photographe suisse de langue française il vécut dans le Jorat dans le canton de Vaud au milieu des campagnes qu’il parcourut inlassablement
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