longtemps
que signifie
se coucher de bonne heure
pourquoi la pensée du sommeil une demi-heure plus tard
vient-elle réveiller celui qui s’y était
déjà abandonné
le volume est-il encore dans les mains ou seulement
dans la mémoire du geste
la lumière a-t-elle été soufflée ou s’est-elle éteinte
sans que la conscience enregistre
sa disparition
que devient la lecture lorsque le sommeil poursuit
les réflexions commencées
à l’état de veille
comment expliquer que le lecteur devienne lui-même
une église
un quatuor
une rivalité entre deux
souverains
combien de secondes
une croyance peut-elle survivre
au réveil
pourquoi ne heurte-t-elle pas immédiatement
la raison
de quelle matière
est faite cette pesanteur qui se dépose
sur les yeux comme
des écailles
à quel moment
l’ouvrage cesse-t-il d’être
nous-mêmes
comment une pensée qui nous constituait
quelques instants auparavant
peut-elle devenir aussi étrangère
que le souvenir d’une existence antérieure
qui décide alors de reprendre la lecture
ou de l’abandonner
que signifie être libre de s’appliquer à une pensée
dont on vient tout juste
de se détacher
pourquoi le retour de la vue révèle-t-il
une obscurité que l’on n’avait pas remarquée
comment le noir peut-il être doux aux yeux
et plus encore à l’esprit
existe-t-il une obscurité qui ne soit pas seulement
l’absence de lumière
mais l’absence de toute explication
quelle heure est-il
dans cet intervalle où le sommeil et la veille
ne se distinguent plus nettement
Pourquoi le sifflement d’un train suffit-il à mesurer
une campagne invisible
comment un son lointain peut-il donner aux distances leur profondeur,
comme le chant d’un oiseau
au milieu d’une forêt
qui est ce voyageur qui se hâte vers la prochaine station
que transporte-t-il dans sa mémoire
le chemin parcouru les lieux nouveaux les actes inhabituels
les conversations récentes
les adieux sous une lampe étrangère
pourquoi les lieux inconnus
s’impriment-ils en nous avec une telle intensité
que reste-t-il d’une rencontre
lorsque le voyageur se retrouve seul dans le silence nocturne
cette douceur du retour est-ce le bonheur de retrouver
ce que l’on connaît ou celui de mesurer
la distance que l’on vient
de parcourir
enfin
lorsque la nuit nous rend à nous-mêmes
sommes-nous réellement revenus au même endroit
ou quelque chose en nous a-t-il voyagé
sans que nous le sachions



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire