visage
enfoui dans
la mémoire du bois
quelque chose
regarde depuis la matière
sans avoir été véritablement dessiné
le bois
ne représente pas
un visage
il semble
l'avoir lentement fait
apparaître
le temps devenu visible
les lignes verticales évoquent les années de croissance les saisons accumulées la lente ascension de la sève le nœud central avec ses cercles concentriques ressemble à un œil fermé à une oreille ou à une petite planète dont les anneaux auraient été absorbés par la matière toute une durée s'y est contractée
la naissance d'une figure
les marques sombres dessinent presque un profil animal on croit distinguer un museau un front une arcade mais le regard hésite l'image change selon notre attention c'est une forme de paréidolie cette faculté de reconnaître des figures dans les nuages les rochers ou les veines du bois ici elle devient une expérience poétique
le regard participe à la naissance de ce qu'il voit
la mémoire sans récit
ce bois a traversé le soleil la pluie le froid peut-être des décennies d'exposition aux intempéries ses veines portent une histoire mais aucune phrase ne peut la raconter
le bois conserve les traces sans conserver le souvenir
conscient des événements
il y a là quelque chose qui rejoint une intuition de Spinoza
la nature ne fabrique pas des images pour nous
elle agit se transforme persévère dans son être
c'est notre regard qui découvre dans cette activité aveugle
une ressemblance, une présence
presque une intériorité
c' est cela
qui me frappe le plus
nous cherchons un visage et nous découvrons
la matière
nous regardons la matière et nous y rencontrons
un visage
le bois demeure du bois
pourtant un instant
il nous regarde
le temps a creusé ses lignes
la matière a gardé le silence
un visage s'y forme
puis se retire
il n'a jamais été là
sinon dans notre regard
Beaufort octobre 2026



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