on voit mieux de loin
le proche retient le lointain délivre
la forme se dégage
le détail se perd
dans cette perte le monde apparaît
l'attention est une caméra
elle cadre
elle retranche
elle laisse hors champ ce qu'elle rend visible
puis s'immobilise
et le monde déborde de toutes parts
je suis une image qui se regarde
à travers ce qui la traverse
une lumière me déplace
le temps me renverse
je demeure
dans l'œil qui passe
et disparais
dès que je me reconnais
vertige
le sol se retire
le ciel descend
entre les deux un regard sans appui
je tombe
dans l’immobilité
du monde en rotation
j’ai un siècle dans les yeux
et l’instant
qui n’a pas d’âge
la pierre me précède le vent me traverse
je n’ai pas vécu longtemps
j’ai vécu large
le temps s’est déposé
sans me retenir
une séquence est une suite
mais la suite déplace l’origine
chaque terme ouvre
ce qu’il ne poursuit pas
un pas après l’autre la marche invente le chemin
puis
le chemin défait l’ordre
de ce qui vient
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