Théorie
une théorie voudrait saisir le monde
dans un réseau
de relations
stables
mais le monde
déborde
les mailles du réseau
reste
ce qui tremble
ce qui n’a pas encore de nom
ce qui change à mesure qu’on le pense
la théorie trace une limite
l’incertitude en déplace le bord
peut-être qu’une théorie vivante n’est pas celle
qui supprime l’inconnu
mais celle qui construit une forme
assez rigoureuse
pour laisser l’inconnu respirer
la table
surface plane
quatre appuis un lieu entre les choses
la pierre
le verre vide
la photographie ancienne
rien ne demande à être expliqué
la table tient
les objets sont là
qu’est-ce qui a changé de place
seulement le regard
un test de solitude
rester là sans témoin sans message à attendre
écouter le réfrigérateur
le vent contre la vitre
le sang dans les tempes
ne rien ajouter au monde ne rien lui demander
constater que l’absence des autres n’est pas encore
la solitude
la solitude commence
quand il n’y a plus personne à qui se raconter
son absence
du bon usage de la lenteur
marcher assez lentement
pour que le chemin
cesse d’être une distance
à franchir
laisser la lumière changer sur les pierres
sans chercher à retenir
l’instant
attendre que le vent finisse
sa phrase
que l’eau retrouve
son lit
que le regard
se déprenne de ce qu’il croyait voir
la lenteur n’est pas le contraire de la vitesse elle est
une autre manière d’habiter
le temps
ne pas retarder l’arrivée mais découvrir que rien
ne nous oblige à faire de chaque lieu
un passage
dans la lenteur
le monde reprend son épaisseur
une herbe pousse
une ombre se déplace
une pensée renonce à conclure
aller moins vite
pour ne pas passer à côté de ce qui
est là
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