l’infra-ordinaire
Georges Perec
nous invite à regarder ce qui
précisément parce qu’il est toujours là
finit
par ne
plus être vu
ce qui se passe chaque jour et revient chaque jour
le bruit du réfrigérateur
la lumière sur le mur
la poignée froide de la porte
la poussière au bord de la fenêtre
un pas dans l’escalier
le ciel entre deux immeubles
non pas l’événement mais ce qui le rend
possible
non pas l’exceptionnel mais le tissu presque
invisible de l’existence
l’infra-ordinaire est une archéologie du présent il s’agit de creuser sous l’habitude de retrouver l’étrangeté enfouie dans les choses familières
que se passe-t-il lorsque nous cessons de nommer
trop vite ce que nous voyons
une pierre au bord du chemin n’est plus simplement une pierre elle est là depuis une durée que nous ne savons pas mesurer le vent passe la pierre demeure
nous passons aussi mais nous ne savons pas encore
ce que signifie demeurer
l’attention ne rend pas les choses extraordinaires
elle nous délivre de l’obligation de les
trouver ordinaires
l’infra-ordinaire est ce qui attend sous
le seuil de notre attention
la poésie
commence exactement là
non dans l’invention d’un autre monde
mais dans la découverte que
celui-ci n’a jamais été
épuisé par nos
habitudes de
le voir

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