le poème se roule en boule
resserre ses signes
aiguilles tournées vers le dehors le monde approche
la pointe demeure même repliée
même dans le noir
écrire c’est encore exposer
ce qui se retire
la boule
n’est pas fermeture mais concentration
un noyau
dehors
le monde
partout
la pointe cherche sa blessure de lumière
ecce scripturae locus
voici le lieu de l'écriture
non la page
mais l'espace
où quelque chose
se dépose
la trace précède le sens
le blanc reste
autour
le mot à peine né cherche encore
où avoir lieu
l'obscur est notre voie
non ce qui cache
mais ce qui avance
sans se montrer
sous le pas
la terre se retire
la lumière hésite
nous continuons
à même l'inconnu
sans chercher l'issue
la nuit
nous traverse
et rien
ne nous sépare
du chemin
dans l’inquiète géométrie de nulle part
un angle se défait
la ligne hésite entre deux absences
sous la pierre un axe invisible
rien ne converge rien ne s’éloigne
l’espace mesure ce qui lui manque
le pas dans sa lenteur
ouvre un lieu sans lieu
jamais le poème n'est donné spontanément
il faut l'approche le retrait
la pierre sous la lumière longtemps
quelque chose insiste sans apparaître
la main se défait de ce qu'elle cherche
sur la page un peu de silence
ce qui vient n'est pas venu
j’écris pour ne pas être lu
retirer au mot son adresse
laisser la page à son blanc
écrire contre l'attente
jusqu'à ce que la trace ne désigne plus personne
quelque chose demeure hors lecture hors absence
à peine une pierre dans le temps





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