le Fleuve et l’Être
le fleuve ne cesse de changer
et pourtant
nous lui donnons
un nom
l’eau passe
les rives demeurent
le courant emporte ce qu’il traverse
sans jamais emporter
le fleuve lui-même
l’être
semble appartenir à cette
énigme
il persiste
sans être identique
il demeure
en se transformant
il est moins une chose
qu’une continuité dans le changement
le fleuve devient
l’être est
mais cette opposition se trouble car qu’est-ce qu’un fleuve
sans son mouvement
qu’est-ce qu’un être sans ses
métamorphoses
l’immobilité n’est peut-être qu’un mouvement trop lent
pour notre regard
la permanence une transformation
dont nous ne percevons pas les intervalles
le fleuve ne possède pas son eau
il lui donne passage
l’être ne possède pas davantage sa propre présence
il est ce passage même
entre ce qui n’est plus
et ce qui n’est pas encore
le fleuve est l’être rendu visible
dans le devenir
l’être ce fleuve sans rive fixe où chaque instant disparaît
sans que la présence du monde
cesse de couler
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