écrire après mais après n’existe pas
le désastre ne passe pas
il demeure
il ronge le temps
il empêche la suite
les phrases se brisent avant d’atteindre leur fin
quelque chose résiste
non pas au silence mais à la forme
on voudrait raconter
mais le récit suppose une continuité et ici tout est
coupé
arraché
dispersé
il reste des mots
usés
insuffisants
presque indécents
ils touchent sans atteindre
témoigner serait nécessaire
mais comment dire sans
trahir
comment dire sans
réduire
le désastre
n’est pas seulement ce qui arrive
c’est ce qui défait la possibilité même de dire
qu’il est arrivé
alors écrire devient autre chose
non plus construire mais laisser des traces
comme des débris après l’effondrement
le je vacille
qui parle encore
quand celui qui a vécu ne se reconnaît plus
le temps se défait lui aussi
rien n’est vraiment passé
rien ne commence
la mémoire ne raconte pas
elle répète
elle revient
insistante
sans progression
sans issue
il faudrait peut-être se taire
mais le silence lui-même devient insupportable
alors on écrit peu
des fragments
des restes de souffle
entre les mots
des blancs
ce sont eux qui portent le plus
faire œuvre
non
plutôt survivre dans la langue
malgré elle
le texte n’est pas un monument
c’est une ruine qui se tient encore debout
écrire le désastre
ce n’est pas le contenir
c’est accepter qu’il déborde
même ici
surtout ici