prendre la route
trois mots qui contiennent
déjà une philosophie du devenir
prendre la route ce n'est pas
seulement
partir
c'est
consentir à quitter
la fixité
la route commence là où l'on accepte de ne plus savoir
exactement où l'on sera
prendre la route c'est prendre le mouvement
comme demeure
la route n'est pas seulement devant soi
elle se constitue sous les pas
elle n'existe pleinement qu'à mesure
qu'on l'emprunte
ainsi
elle possède
quelque chose
du devenir nietzschéen
on ne découvre pas un chemin tout fait
on le produit en avançant
il y a aussi quelque chose de très beau
dans le verbe prendre
on prend une route mais
on ne la possède pas
on la prend comme on prend un risque une direction
un élan une respiration
et bientôt
la route nous prend à son tour
prendre la route
c'est accepter que la route
vous prenne
elle retire
peu à peu les repères familiers
le paysage change
les distances se déplacent
le connu
devient arrière-plan
le voyage devient une manière
de penser
quitter pour voir s'éloigner pour comprendre
marcher pour devenir
ne pas savoir pour
découvrir
la route possède enfin une étrange
relation au but
on peut partir vers un lieu précis, mais quelque chose
de plus profond se produit
le trajet transforme la signification
de l'arrivée
celui qui revient n'est jamais exactement
celui qui est parti
peut-être est-ce cela au fond
prendre la route
sortir de soi
sans avoir besoin de se perdre
afin de revenir
avec un monde plus vaste en soi
et dans sa forme la plus simple
prendre la route
laisser le monde commencer
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