le Nietzschéen est celui
qui n'a de goût que pour ce qui lui est bon
oui
et cette formule peut être entendue dans un sens très nietzschéen
à condition de ne pas comprendre ce qui lui est bon
comme ce qui lui est simplement agréable
le Nietzschéen n'est pas celui
qui dit
je fais ce qui me plaît
il est plutôt celui qui a appris à reconnaître
ce qui augmente sa puissance
d'exister
le mot décisif
est donc
goût
Nietzsche pense souvent contre la morale
abstraite du devoir
le jugement de valeur ne doit pas nécessairement prendre la forme d'une règle universelle il peut devenir une discrimination instinctive une capacité à sentir ce qui nourrit et ce qui diminue
avoir du goût c'est savoir dire
ceci me grandit
ceci me rapetisse
ceci m'allège
ceci m'alourdit
ceci intensifie la vie
ceci la rend plus pauvre
le Nietzschéen ne cherche
donc pas d'abord
le bien en soi
il cherche ce qui est bon pour
une certaine forme de vie
pour son devenir
singulier
c'est pourquoi ta formule pourrait presque
être développée ainsi
le Nietzschéen
est celui qui n'a de goût que pour ce qui lui est bon
mais qui a suffisamment travaillé son goût
pour ne pas confondre le bon
mais qui a suffisamment travaillé son goût
pour ne pas confondre le bon
avec l'agréable
certaines choses qui nous font du bien immédiatement
peuvent nous affaiblir
certaines expériences pénibles peuvent au contraire
nous rendre plus forts
d'où la profondeur du oui
nietzschéen
aimer ce qui nous arrive ne signifie pas aimer
seulement ce qui nous réjouit
c'est pouvoir parvenir à dire
je veux ce qui me rend capable de vouloir davantage
le bon devient alors presque physiologique
artistique existentiel
il n'est pas une prescription extérieure mais
une épreuve de vitalité
et cela rejoint le thème du
grand style
devenir capable de donner forme à ses forces
de ne pas subir passivement ses affects
mais de les incorporer dans
une composition
plus haute
on pourrait alors lire cette phrase comme
une petite définition de
la souveraineté
le Nietzschéen ne demande pas au monde
ce qu'il doit aimer
il apprend à reconnaître
ce qui en lui, dit
oui à la vie
plus radicalement
avoir du goût pour ce qui nous est bon
c'est transformer la morale
en art de vivre
le critère n'est plus
est-ce bien
mais
qu'est-ce que cela fait de moi
et la réponse la plus nietzschéenne
serait peut-être
ce qui est bon
est ce qui me rend
plus capable de devenir
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