l’infime et le suprême
l’infime est ce qui échappe au regard pressé
un grain de poussière
une goutte d’eau
une inflexion de voix
un silence entre deux mots
il est le presque rien où le réel concentre
son secret
l’infime ne réclame pas l’attention
il la mérite
le suprême lui est ce qui dépasse toute mesure
il est
l’accomplissement
l’absolu
l’intensité la plus haute
le suprême n’est pas seulement le plus grand
il est ce devant quoi toute comparaison
devient vaine
il ouvre l’horizon de
l’inconditionné
entre l’infime et le suprême se déploie
une correspondance mystérieuse :
l’infime est souvent la porte du suprême
Plus le regard s'affine plus l'immense s'y révèle
l'absolu ne se manifeste
pas toujours dans l'extraordinaire
il se laisse parfois entrevoir
dans la plus humble des présences
ainsi
le suprême ne s'oppose pas à
l'infime
il s'y recueille
une goutte peut contenir
l'océan
un souffle l'infini
une seule fleur le printemps tout entier
l'être atteint sa plus haute intensité lorsqu'il découvre
que le plus petit est déjà l'image
du plus grand
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