Col de Chanrouge
la montagne s'ouvre juste assez
pour que le vent change
de nom
une brèche de lumière
entre deux silences
le passage ne relie pas
il agrandit
le ciel
ici
la terre
hésite encore
à redescendre
l'altitude a cessé d'être une mesure
elle est devenue
une manière
de respirer
***
voici quelques fragments dans une veine de dépouillement
où la montagne est moins un paysage
qu'une expérience de l'ouverture
un peu d’air dans une main ouverte
la montagne
presque
rien
un peu d’air
la main ouverte n’emporte que cela
la montagne
presque rien et pourtant
de quoi tenir
le ciel
la montagne ayant renoncé
à son poids
un peu d’air dans une main ouverte
c’est peut-être ainsi
que la montagne
demeure
l'immensité de la montagne est reconduite
à un geste infime presque vide
où presque rien
devient paradoxalement la forme
la plus dense de la
présence
***
quelques fragments autour de relief
dans une tonalité minérale
elliptique et méditative
RELIEF
ce que la terre retient encore
du premier soulèvement
une pensée de pierre montée
jusqu’au jour
le monde
insistant
contre le ciel
une lenteur devenue
visible
la terre sortant d’elle-même
pour apprendre
la lumière
l’espace ayant trouvé
sa résistance
l’immobile faisant effort
vers le haut
une respiration
prise dans la pierre
la notion de relief ne renvoie pas seulement à la topographie elle peut être entendue comme ce qui fait saillie dans le réel ce qui résiste au nivellement ce qui oblige le regard à changer de rythme le relief est moins une forme qu'un événement de l'espace
le relief
la pensée visible de la terre
chaque pli
chaque arête
chaque vallée
porte la lente décision des âges
dans cette géométrie du temps
le monde n’est pas plat
il se souvient
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