je suis estival tout entier
tout entier
après-midi
d'été
une lumière
sans hâte
circule
dans mes veines
j'entre dans la vraie durée comme un inconnu
avec timidité
surprise
je retire mes certitudes à la porte
le temps
n'avance plus
il s'approfondit
chaque instant
m'accueille
sans me connaître
je marche avec précaution
dans cette lumière
plus ancienne
que ma mémoire
rien ne m'attendait et pourtant tout me reconnaît
la vraie durée
ne demande pas
que je demeure
elle demande seulement
que je sois
assez silencieux
pour y entrer
l'air
porte
l'odeur
des herbes
et des pierres
chauffées
je n'habite plus le temps
je demeure
dans son éclat
une ombre de feuille
suffit
à mesurer
le monde
le vent ne passe pas
il respire
avec moi
je suis de cette heure où le soleil
cesse
d'éclairer
pour devenir
présence
meilleurez-vous en vous enparadissant
Sollers
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