cette formule possède une force archaïque en parlant de deux chiennes latentes elle animalise deux passions fondamentales
la jalousie et la peur ne sont plus des sentiments psychologiques elles deviennent des bêtes couchées dans l'ombre silencieuses apparemment endormie mais toujours prêtes à se lever au moindre bruit
elles ne disparaissent jamais complètement
elles attendent
La jalousie et la peur les deux chiennes latentes
elles ne dorment jamais
tout à fait
elles respirent sous le seuil de la conscience comme deux bêtes
attachées à la nuit intérieure
le plus souvent elles demeurent
immobiles
on les croit absentes
puis un regard une parole un silence
une absence suffisent
elles relèvent la tête
la peur
protège le territoire de l'existence
la jalousie
protège le territoire du désir
toutes deux gardent quelque chose qui
en réalité ne nous appartient pas
la peur imagine l
a perte avant qu'elle n'arrive
la jalousie imagine
la dépossession avant même qu'elle soit réelle
ainsi
elles vivent moins dans le monde que dans
les fictions de l'esprit
philosophiquement
elles procèdent d'une même illusion
celle de croire que l'être
peut être garanti
nous voudrions conserver ce qui passe retenir ce qui fuit
fixer ce qui par nature demeure mobile
nous appelons cela sécurité ou amour
l'existence y répond par le changement
la peur naît lorsque le futur envahit le présent
la jalousie naît lorsque l'autre cesse d'être une présence
pour devenir une possession imaginaire
toutes deux refusent l'ouverture du réel
métaphysiquement
elles témoignent de notre difficulté
à consentir à l'impermanence
nous sommes des êtres finis cherchant un absolu
dans un monde où tout circule
nous voudrions transformer le fleuve
en statue
mais le fleuve continue
de couler
la peur tente d'immobiliser
le temps
la jalousie tente d'immobiliser
autrui
toutes deux perdent inévitablement leur combat
contre le mouvement de l'être
le sage ne tue pas ces deux chiennes
il cesse de les nourrir
car elles vivent de notre attention de nos récits
de nos anticipations
elles grossissent avec les images
que nous fabriquons
elles s'affaiblissent lorsque nous revenons à la simple
présence des choses
le poète les reconnaît autrement
il les entend marcher dans les fourrés de la conscience
lorsque le vent tombe
il sait qu'elles appartiennent encore à la vieille animalité
dont l'homme n'est jamais entièrement sorti
mais il sait aussi qu'il existe
une autre fidélité
non celle qui attache
celle qui ouvre
alors la peur devient vigilance
la jalousie devient amour délivré de la possession
les deux chiennes faute de nourriture s'éloignent
dans la montagne intérieure jusqu'à disparaître
derrière la ligne des arbres
le silence enfin n'a plus besoin
de les surveiller
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