Beaufort dimanche 16 août 19H00
enfin l'orage enfin la pluie
comme si le ciel
avait longtemps retenu son souffle
les nuages ne menacent plus
ils s'ouvrent
l'air retrouve
son poids
la terre retrouve
son odeur
les feuilles cessent d'attendre
chaque goutte
est une ancienne promesse
qui tombe
l'orage n'est pas la violence du ciel
il est son soulagement
la pluie n'efface rien
elle rend au monde
sa profondeur
les pierres deviennent plus lentes
les mousses plus lumineuses
les chemins respirent et l'on comprend soudain
que la sécheresse
n'était pas seulement celle des champs
mais celle du regard
enfin l'orage enfin la pluie
comme si le silence avait trouvé
sa manière de parler
la pluie est la pensée du ciel
devenue eau
l'orage ouvre ce que la chaleur
tenait fermé
chaque goutte est une syllabe de lumière
tombée dans la terre
après la pluie les montagnes ne sont pas plus belles
elles sont plus présentes
il est des pluies qui tombent autant sur l'âme
que sur les pierres
enfin l'orage
le ciel consent à sa propre
profondeur
***
météore
une tonalité elliptique minérale et ouverte
météore
une lumière
qui n’a pas le temps
de devenir mémoire
le ciel
franchissant
sa propre nuit
un feu
plus ancien que sa chute
l’éclair
ayant choisi
la pierre du ciel
le temps brûlant dans l’espace
une traversée
qui ne laisse derrière elle
que davantage
de ciel
l’infime embrasement
d’une immensité
sans voix
météore
une phrase de feu écrite sur le silence
le phénomène naturel comme une écriture antérieure
au langage humain où le monde semble
écrire avant nous
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