jeudi, octobre 15, 2026

 

Francis Ponge : biographie du poète, auteur du Parti pris des choses




un poète français
 
qui entreprit de rendre aux choses leur présence leur épaisseur 
et leur étrangeté 
avec 

Le Parti pris des choses
publié en 1942 il déplace le centre de gravité de la poésie  

non plus l’expression des sentiments du poète mais l’attention 
portée aux objets les plus ordinaires






























le savon le cageot l’huître 
le pain le galet  

tout ce que le regard traverse sans s’arrêter devient 
matière à exploration


Ponge ne demande pas aux choses 
de symboliser l’homme 

il cherche au contraire à desserrer l’emprise 
du langage humain sur elles

il faut laisser les choses parler contre 
les habitudes de la parole





l’objet et le mot


chez Ponge écrire consiste à recommencer la description le premier mot ne suffit pas il faut examiner les formes les matières les sons les usages revenir sur une expression en éprouver les limites chercher une formulation plus juste





le poème devient un atelier

l’objet résiste au langage

le langage revient à l’objet

entre les deux le texte travaille

cette recherche 
ne vise pas toujours 
une description définitive

elle révèle plutôt l’impossibilité d’épuiser une chose par les mots
tout en faisant de cette impossibilité 
le moteur de l’écriture





une philosophie de la présence

Ponge refuse que le monde ne soit qu’un décor pour la conscience humaine les choses possèdent leur matérialité leurs lois leur manière d’être le poète doit apprendre à les regarder sans les réduire immédiatement à ce qu’elles évoquent pour lui


la poésie devient ainsi 
une discipline de décentrement 
 
sortir de soi suspendre l’émotion préfabriquée 
rendre au réel son opacité

une pierre sa masse sa surface 
ses cassures

aucune morale aucun 
symbole

seulement la chose et le temps nécessaire 
pour la regarder




Francis Ponge 

nous enseigne que décrire le monde 
est déjà une manière de transformer notre rapport à lui 
 
regarder assez précisément 
pour que l’ordinaire redevienne inconnu














































contemple la vie comme une merveille parle-en comme 
d’une merveille

écoute-la 
comme une merveille 


ne prétends pas l’avoir comprise parce que tu as entendu 
les mots qui la désignent



la vie est là
le regard s’arrête 
la lumière atteint les choses 
un mot apparaît
le mot ne contient pas la chose
le silence écoute 
le vivant se transforme 
la merveille ne s’explique pas
les mots passent 
la vie demeure inconnue






























mercredi, octobre 14, 2026


fais honte à ceux qui courent s’oublier dans la foule

ne crains pas de te supporter toi-même

apprends à être seul

demeure en ta présence

ne te fuis pas

















reste dans ta chambre

entre dans la cellule du recueillement

rappelle à toi-même les affolés

cesse de chercher le bonheur dans le mouvement

ne te disperse pas dans la foule

renonce à cette prostitution fraternitaire

retrouve en toi le lieu que tu fuis

apprends à demeurer immobile



fais 

du retrait 

une présence


du silence une demeure




vis l’âme fixée sur l’horloge


maintiens présent dans la chambre le temps qu’elle sonne

fais-en ta pâture 

fais-en ta vie


épaissis les rideaux

assieds-toi face à la glace pour ne pas douter de toi

recueille précieusement les moindres atomes du temps

enveloppe-les dans des étoffes sans cesse épaissies


écoute l’horloge

laisse-la te faire du bien









 

ecce lupus

nul regard ne sait lequel observe l'autre

voici le loup

hic

ici






quid agam

que dois-je ou puis-je faire


















entends tout ce que tu dis fais de ta voix un toit laisse pleuvoir
demeure tranquille pendant la quantité de secondes 
qui nous est donnée



erre autour de cette lueur


déchire-toi une nouvelle fois de l’autre côté du mur

sois l’air que tu vois à cette lueur froide


















passe le mur retrouve le même air aveuglant

avance dans le lointain sans rupture

foule l’étendue même de la terre entrecoupée

va plus loin

ne cherche pas la chaleur

laisse-toi laver de ton visage

deviens l’air qui couronne le mur





marche suis les chemins épouse les spirales

prends la main sans retenir

laisse partir les montgolfières

garde le granit sous tes pas


le ciel sans prise

entre les deux avance













suis 

les états de ta conscience 

du dedans au dehors 

jusqu’à l’horizon qui les enveloppe













prends plaisir à être bien assis respire la bonne odeur de l’air préserve-toi des visites écoute l’heure sonner au clocher  Regarde tomber morceau par morceau l’après-midi déjà consommé

laisse le long silence ouvrir dans le ciel bleu le temps qui t’est encore accordé réserve-le à la lecture étonne-toi de la proximité des heures vois-les s’inscrire l’une auprès de l’autre dans le ciel 

mesure l’impossible étendue des soixante minutes dans le petit arc bleu qui sépare leurs marques d’or

reconnais ce qui a eu lieu sans avoir eu lieu pour toi laisse la lecture ensommeiller tes oreilles permets-lui d’effacer la cloche d’or sur la surface azurée du silence

retrouve les beaux après-midi du dimanche sous le marronnier vide-les des incidents médiocres de ton existence remplace-les par une vie d’aventures et d’aspirations étranges au sein d’un pays arrosé d’eaux vives








laisse ces heures revenir lorsque tu penses à elles 

reconnais la vie qu’elles contiennent 

contourne-la peu à peu 

enclos-la dans le cristal successif de tes heures silencieuses 

sonores odorantes et limpides

lis tandis que progresse le temps 

regarde tomber la chaleur du jour 

laisse passer les feuillages à travers le cristal des heures 

garde en toi leur feu


















RELIEF

fais parler la lampe

donne-lui aujourd’hui une couleur violente

fais éclater fais rayonner

sers-toi jusqu’aux miettes

regarde la soucoupe blanche sur la table

laisse l’air la modeler

réveille la vérité morte

froide

rends-la vivante maintenant

sans arrêt

à voix haute










cette profondeur cette surface dont un champ compose l’aile

le jour papillon glacé

suis le jour traverse-le comme on traverse les terres

matière froide

éparse

matinée froide éparse

refais tout déchire

ce qui est aujourd’hui

déplace-le dans un autre registre

sous ces froides tentures

sur le plateau des terres





fais fondre la neige de notre respiration

vis

au ralenti

comme une table

dans la lumière sauvage de l’écorce

rejoins la nature vivante

déjà hier

sur un rayon

sèche tes vêtements

sois sûr de refleurir

ne dérange pas l’ombre de ma chambre

porte des seaux de froid

en haut

d’une montagne d’air

qui ressemble à un seau

fais-la trembler

comme une lampe

éclaire

vois

des lettres

sur cette table

sauvage
























habite 

la Terre avant d’habiter tes idées













marche 

jusqu’à ce que le paysage 

défasse tes habitudes de pensée


apprends 

le nom des vents 

des pierres des herbes et des eaux


écoute 

ce que le lieu murmure 

hors du langage des hommes


déplace 

ton regard plutôt que de chercher toujours 

un nouvel horizon


éprouve 

la géographie 

comme une manière d’être au monde


laisse 

les chemins instruire tes pas 

et les montagnes déplacer tes certitudes



écris 

depuis un lieu précis 

à même sa lumière son relief et son silence


traverse 

les frontières 

sans transporter partout le même monde





fais de chaque départ 

une attention renouvelée à la Terre 


de chaque retour 

une manière plus profonde de l’habiter


















ne te contente pas de rêver une image laisse-la se marquer en toi accueille les couleurs étrangères qui viennent l’embellir au hasard de ta rêverie

ne réduis pas les paysages des livres à des représentations plus vives de ceux que tes yeux rencontrent reconnais en eux une autre manière d’habiter le monde




























suis le choix de l’auteur avance vers sa parole avec la foi de celui qui attend une révélation ne demande pas au paysage familier de te livrer ce que le livre fait surgir

ne méprise pas seulement ce qui manque de prestige distingue la nature de sa représentation apprêtée ne confonds pas l’ordre du jardinier avec l’ordre du monde

considère les paysages révélés par la lecture comme une part véritable de la Nature étudie-les approfondis-les apprends à regarder comme si le monde venait pour la première fois de t’être donné
























fais de la lecture 
une recherche incessante de la vérité 









laisse les événements du livre remplir tes après-midi 
de drames plus intenses que ceux 
d’une vie entière






























ne méprise pas les personnages 
parce qu’ils ne sont pas réels 

reconnais dans leurs joies et leurs malheurs 
les images mêmes de tes émotions
















simplifie le réel

débarrasse les êtres de leur opacité

remplace leurs parties impénétrables 

par des matières immatérielles que ton âme puisse assimiler


fais de chaque personnage 

une possibilité de toi-même


ne demande pas aux émotions d’être vraies

éprouve-les


fais tiennes les actions

les douleurs et les joies qui traversent le livre

laisse-les gouverner ta respiration

hâter ton regard

précipiter le mouvement des pages



entre dans le livre 

comme dans un rêve plus clair que le sommeil



accueille les bonheurs et les malheurs que la vie 

ne te donnerait qu’au prix 

de longues années


accélère en imagination 

ce que l’existence étire jusqu’à le rendre imperceptible


observe ton cœur changer

ne cherche pas à saisir dans la vie chaque étape 

de sa transformation


reconnais dans la lecture 

ce que la lenteur du réel te dissimule


apprends à sentir le changement 

avant qu’il ne soit 

achevé


















une dizaine de propositions impératives pour échapper
à l'extension du domaine de la lutte



refuse 

de transformer 

chaque aptitude en performance et chaque plaisir 

en compétence


marche 

sans chronomètre 

laisse le chemin décider de sa propre durée

















apprends 

à perdre du temps 

sans chercher à le regagner


ne compare pas 

ton commencement à l’accomplissement 

d’un autre


cultive 

une pratique 

dont personne ne puisse mesurer 

les résultats


renonce 

à faire de toi-même 

une entreprise à développer



accorde 

à l’inutile 

une place que l’efficacité ne puisse 

conquérir


fréquente 

ceux  auprès de qui tu n’as rien 

à prouver


préfère 

l’attention à l’ambition 

la présence à la conquête


sors 

du classement 

entre 

dans le paysage







enfonce-toi dans ta pensée comme dans 
une crèche obscure

regarde 
le dehors depuis ce retrait intérieur

laisse la conscience border chaque objet 
d’un mince liséré spirituel

ne prétends jamais 
toucher directement la matière

observe cette zone d’évaporation qui te précède 
et te sépare des choses 




déploie 
l’écran diapré de tes états 
intérieurs 

fais coexister 
les aspirations les plus cachées et la vision 
extérieure de l’horizon



reconnais en toi 
la poignée mouvante qui gouverne 
le reste


crois à la richesse philosophique 
et à la beauté du livre 
que tu lis


désire te les approprier sans épuiser 
leur mystère



cherche dans les livres 
les signes d’une vérité pressentie 


approche-toi de ce qui demeure 
à demi incompréhensible 


ne cesse pas de poursuivre 
cette connaissance vague et permanente 
qui donne à ta pensée 
sa direction







































décompose 

la lumière blanche en un 
spectre de couleurs



démontre 

la rotation 
de la Terre



établit 

une relation entre les côtés du 
triangle rectangle

























met en évidence 

l’invariance de la vitesse 
de la lumière 
dans le vide































explique 

la poussée exercée par un fluide 
sur un corps immergé



révèle 

le caractère ondulatoire 
de la lumière



établit 

les limites internes des systèmes formels 
suffisamment puissants



fixe 

une limite à la précision simultanée de certaines 
grandeurs quantiques



permet de mesurer 

la constante 
gravitationnelle




relie 

la vitesse d’éloignement des galaxies 
à leur distance



associe 

les symétries continues aux lois 
de conservation




révèle 

la structure nucléaire 
de l’atome




décrit 

la réfraction de la lumière à l’interface 
de deux milieux


illustre 

les effets relativistes de 
la durée propre








traduit 

la variation de fréquence d’une onde liée 
au mouvement relatif de la source 
et de l’observateur








fais de l’obscure fraîcheur de ta chambre 
le plein soleil de la rue

que l’ombre égale le rayon 
en lumière 

offre à ton imagination le spectacle 
total de l’été 

ne laisse pas tes sens en disperser la jouissance par morceaux 
au fil d'une promenade 


demeure au repos 

laisse les aventures des livres 
venir t’émouvoir 


garde ta main immobile au milieu 
de l’eau courante

reçois 
le choc du torrent 

supporte son agitation sans quitter 
ton repos

laisse le monde entier traverser 
l’immobilité de ton corps


fais de ta chambre 
le lieu où l’été tout entier devient sensible









































question radicale  

que reste-t-il de l’existence lorsque nous cessons de vouloir 
tout conserver tout expliquer 
et tout rendre utile 








l’expérience intérieure conduit la pensée jusqu’au point où 
elle ne peut plus s’appuyer sur 
une certitude définitive 

il ne s’agit pas de remplacer une doctrine par une autre 
mais d’éprouver les limites du savoir 
et de la maîtrise




















la vie déborde ce qui lui est 
nécessaire

l’être humain ne veut pas seulement
survivre 

il veut aussi  se perdre 
se donner

brûler ce qu’il possède éprouver une intensité 
qui ne se laisse pas convertir 
en bénéfice

cette pensée 
n’est pas une simple célébration 
de l’excès

elle met en question un monde où toute expérience 
devrait être justifiée par son utilité


















le repos des simples


une pierre à l’ombre

un arbre sans pensée

l’eau dans son lit

le ciel sans réponse


ne rien ajouter ne rien poursuivre


la feuille tombe

la terre reçoit

le jour décline

rien ne manque
















les simples ne cherchent pas à demeurer

ils sont là

dans la lumière qui passe

dans le vent qui les traverse


repos

non pas l’arrêt

mais l’accord

du peu

avec ce qui est







un ennui de qualité

un ennui 

sans plainte sans impatience sans besoin de se distraire

le temps ne passe plus il s’étend


une mouche traverse la lumière 

la poussière change imperceptiblement de place 

le monde poursuit son ouvrage sans nous consulter


ne rien attendre ne rien produire 

ne pas même chercher 

à comprendre


un ennui si profond qu’il cesse d’être 

un manque

une manière d’habiter le monde lorsqu’il ne nous demande 

plus rien

















flâner 

sans chercher de destination 

écouter 

ce qui ne demande pas à être entendu 

rêver 

sans quitter le réel 

attendre 

sans rien espérer 

écrire 

sans vouloir conclure









laisser 

le jour se faire 

dans l’intervalle des gestes



un pas un bruissement une image un silence une phrase

ne rien hâter ne rien retenir

faire de sa vie 

une disponibilité au monde



*







Moderato cantabile

Modérément chantant

où le désir ne parvient pas 
à se dire autrement que par reprises 
silences et variations



Moderato 
ne pas forcer le mouvement 
retenir l’élan
demeurer dans la mesure

Cantabile  
laisser pourtant quelque chose chanter
 une voix sous les mots 
une émotion qui ne se livre jamais tout entière


entre les deux 
toute la tension de l’existence  
contenir ce qui déborde chanter ce qui ne peut se dire

un piano dans une pièce 
un verre posé sur la table 
la mer derrière les fenêtres 
une phrase répétée jusqu’à devenir étrangère


rien 
ne semble arriver et pourtant quelque chose 
insiste

le désir ne réclame pas une issue 
il demande une durée un rythme où pouvoir demeurer



Moderato cantabile 
avancer sans hâte dans l’obscurité d’une émotion, 
comme on marche au bord de l’eau, 
en laissant la phrase inachevée rejoindre 
le bruit de la mer























livre voyageur

un livre posé sur une table 
puis dans un sac 
puis sur un banc au bord du chemin

il change 
de mains de lumière 
de paysage


une page s’ouvre dans un train 
une autre sous un arbre 

la pluie entre parfois dans ses marges

personne ne le possède tout à fait 
chacun y laisse une trace 
invisible


le livre poursuit sa route sans connaître sa destination


lorsque quelqu’un le reprend il ne sait pas qui l’a tenu avant lui ni quel paysage est resté entre les pages
un livre voyageur ne transporte pas seulement des mots il transporte les lieux traversés et l’inconnu de ceux qui l’ont lu























vous voulez me lire

emportez-moi
lisez-moi

reposez-moi



























 Théorie

une théorie voudrait saisir le monde 
dans un réseau 
de relations 
stables


mais le monde 
déborde les mailles du réseau


reste 
ce qui tremble 
ce qui n’a pas encore de nom 
ce qui change à mesure qu’on le pense

la théorie trace une limite 
l’incertitude en déplace le bord










peut-être qu’une théorie vivante n’est pas celle 
qui supprime l’inconnu

mais celle qui construit une forme 
assez rigoureuse pour laisser l’inconnu respirer











la table

surface plane 

quatre appuis un lieu entre les choses

la pierre 

le verre vide 

la photographie ancienne


rien ne demande à être expliqué

la table tient 

les objets sont là

qu’est-ce qui a changé de place


seulement le regard





un test de solitude

rester là sans témoin sans message à attendre


écouter le réfrigérateur 

le vent contre la vitre 

le sang dans les tempes


ne rien ajouter au monde ne rien lui demander


constater que l’absence des autres n’est pas encore 

la solitude

la solitude commence 

quand il n’y a plus personne à qui se raconter 

son absence




du bon usage de la lenteur

marcher assez lentement pour que le chemin 
cesse d’être une distance 
à franchir



laisser la lumière changer sur les pierres 
sans chercher à retenir
l’instant

attendre que le vent finisse 
sa phrase 

que l’eau retrouve 
son lit 

que le regard 
se déprenne de ce qu’il croyait voir



la lenteur n’est pas le contraire de la vitesse elle est 
une autre manière d’habiter 
le temps

ne pas retarder l’arrivée mais découvrir que rien 
ne nous oblige à faire de chaque lieu 
un passage


dans la lenteur 
le monde reprend son épaisseur

une herbe pousse 
une ombre se déplace 
une pensée renonce à conclure



aller moins vite 
pour ne pas passer à côté de ce qui 
est là
















écrire permet-il à quelqu’un de voir mieux

ou seulement de déplacer l’ombre

autour des choses

jusqu’à ce qu’apparaisse

ce qui était là

mais que le regard

ne savait pas encore

ne pas voir














ses livres sont écrits avec une terre violette

une poussière ancienne remuée dans la profondeur

les mots en gardent une humidité obscure



on croit 
lire des phrases 
mais c’est le sol qui 
se soulève sous les yeux


chaque page déplace une couche du monde

sous la dernière la terre violette continue de ne rien révéler




une spirale frappée de flèches

le centre se dérobe à mesure qu’on s’en approche


chaque flèche indique une sortie qui reconduit ailleurs

tourner n’est pas revenir

le mouvement creuse ce qu’il traverse




dans 
la spirale 
quelque chose s’éloigne 
en pénétrant plus 
avant















 








sa poésie se méfie de l’expression lyrique de la profondeur 
supposée des symboles et de l’idée que les mots 
dissimuleraient un sens secret qu’il 
suffirait de révéler

il préfère la table au miroir























sur la table 
des objets, des phrases des fragments
des faits









on les dispose on les déplace on observe les relations 
qui apparaissent entre eux 

le poème ne traduit pas nécessairement une intériorité 
il organise une expérience du langage



la littéralité ne signifie pas simplement écrire au premier degré elle consiste à prendre les mots pour ce qu’ils font à examiner leurs usages leurs enchaînements leurs ambiguïtés sans leur attribuer d’avance une profondeur métaphysique



une pierre est une pierre
une photographie est une photographie 
une fenêtre est ouverte


mais que s’est-il passé entre ces trois propositions 
quel objet a changé de place 
quel lien s’est formé 



le poème commence dans cet intervalle non pour le combler 
par une explication mais pour le rendre perceptible



dans Le Cap de la chèvre comme dans ses textes théoriques et ses récits poétiques l’écriture devient ainsi une enquête elle avance par observations reprises déplacements mises en relation



une poésie sans arrière-monde

il ne supprime pas le mystère

il déplace son lieu

le mystère ne réside plus nécessairement derrière les choses 
dans une signification cachée

il peut surgir de leur présence littérale de leur voisinage 
de la manière dont une phrase modifie la perception 
de celle qui la précède

le poème ne dévoile pas le monde
il met en place les conditions d’une lecture

une table une pierre une photographie ancienne
la fenêtre est ouverte

rien ne signifie autre chose pourtant 
quelque chose a changé











chez Emmanuel Hocquard
écrire consiste moins à exprimer un secret 
qu’à construire une situation où le sens cesse d’aller de soi






Emmanuel Hocquard 

1940–2019

un poète traducteur et éditeur français figure majeure de la poésie contemporaine il a développé une œuvre qui interroge les rapports entre langage perception mémoire et réalité

il anima notamment les éditions Orange Export Ltd et participa à la diffusion en France de la poésie américaine contemporaine



























mardi, octobre 13, 2026


l’endroit est accessible seulement depuis la bibliothèque

entre deux livres un passage

ni porte ni mur

la page tournée déplace le lieu

ce qui n’existe pas ailleurs

demeure ici

dans l’intervalle des mots

le lieu se referme

dès qu’on le lit






















demeure du silence

chaque livre un lieu fermé

chaque page une porte

je marche entre les dos

à la recherche de ce qui n'a pas été écrit

nulle part ailleurs

le monde attend dans l'intervalle

d'un mot à l'autre




















Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.

Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

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E.O E.P. EA EAIO EB écart énigme Echenoz échos Echos L.A. Eckhart Tolle éclipse Eco Ecosse écoute écritures ED Eddas EDG EDJ EDLCDS EDLF Edmond Jabès EDO EIJS elle ELLEDIT ELLELL Elles Ellul EM Emerson Empédocle EN ENCORE encres et musique Encres et peintures Ennéade ennui EnSof Entre entrelacs environnement Eons EPE épiphanies épistémologie EPLA époché Eranos ère ERRER Escher ESE Eshleman Esnault ESPA Espace Espitallier essais EST ét été Etel Adnan ETLPDMP Etna étoile Etymologie Eucharistie Euler évangile éveil Eventail Exergue F F.A. F.EAA F.O F.Pirates FAA Fable Fadeur faits FAJ Fantasy Faune Fayçal fenêtre Fengliu feu Fiction Films FiniSol Finkielkraut FIVE FL Flore fmr FNAR Foligno Forest Formalisme Foucault Fourcade Fourier FP FQPCC Fractales fragm Fragme Fragments France François Cheng Frappat Frémon Fréquences Froid Fugue Fuji Futur G.C.L. G.Luca G.R.I Gary Snyder Gaza GB GDD GDLMC GDT GEGO Gelassenheit généalogie genese Genet Genji Géologie géométrie géophanie Géopoésie Germaneta Gervais Geulincx GIA Gif Giffard Giovannoni Girard Giraud Giroux Gîta Gizzi Gleize Glossaire GMH Gnoséologie Gobenceaux Godard Gödel Godwin Goethe Gombrowicz Gongora Goodman Nelson GOPC GPDB GR54 GR70 GR91 Graal Grâces Graeber Gramm gris Grothendieck Guerre Guesdon Guy Debord Guyau Guyotat GVDT GWFH Gygès H H.Corbin H.D. H.P Habitus Hadot Haenel haïku Hamant Hamish Fulton Hamon Harms Harrari Hart Crane Hausmann Havet HDT HE Heaney Hécate Hegel Heidegger Hello Henri Michaux Henri Thomas Herbes Herta Müller Hésiode Hesse Heures hexagrammes HFSR HHPC Hikmet Hillesum Hiroshi Yoshida Histoire HM HN HO Hocquard Hofmannsthal Hohl Hölderlin Hominidés homonymies Horace Houellebecq HR. HRC HS HSCDLAE HTH Hubin Hugo Ball Huguenin Hume HV Hymnes orphiques Hypérion hypertexte Hypnos i I remember I.P-B. IA ici idéogrammatique IDLR idole IFE Igitur il Illuminations illuminer illuminisme ILVLA ilya immédiat immédiatement Impensable impératif imperceptible Impresses incertitude Index individu Infini Infinitif initiales inquiétude Insectes installation instant Internet Interrompre invisible Irwin Ishihara Isidore Isis isolato Issa italiques Ivsic J-P Michel J.J.F.W. J.J.U. J.L.P Jaccottet jaime Jakobson Jankélévitch JANUS Jardin Jaspers JAZ JBE JCERDM JDLF JDS JE JE & Jean jean Daive Jean Michel Lou JELRLT Jesuis Jésus jeu JHN Jirgl Joan Mitchell John Cage Jouffroy jour jour17 Journal Jours jours17 Jousse JR Juarroz Jullien JYL K.G K.K Kabîr Kafka Kairos Kaplan Kapoor Kastrup Kathleen Raine Katué Kawara Kay Ryan KDCN KDICK Keats Kenneth White Kerouac Khazar Khlebnikov khôra Kiarostami Kingsley Kircher KK KLTDD koan Koons Koshkonong Kosuth KOUA Kral Kuhn Kundera Kunitz Kybalion Kyoto L.A.S L.D. L.R.des Forêts L.S L'EI là La Croix La parole de l'autre La vie de la montagne labyrinthe lac Lacs LADR lafabrique Laforgue Lagopède LALELES Lamantin LAME Lapiaz Laporte Roger Larry Eigner latin Laugier Laurent Margantin LBA LCC LCD LCDE LCDI LCDJ LCDP LCI LCR LCS LD LDB LDF LDLH LDM LDMC LDMH LDR LDS LDV Le Clézio Le Livre Le poème LEC LECDF LECLA Lectures LEDA LEDUI LEE Lee Ufan LEF légende légumes Leibniz Leibovici Leili Anvar Lely lensball lepoète Les eaux Les empereurs Les fils Les oiseaux lesoi Lespiau Lessing Lettres Lev Rubinstein Lex1 lex2 lex3 lex5 lex7 lex8 Lexie Lexique LFDH LFDLP LFDP LFDRT LFMR LFQ LGD LGDE LGDFASP LGDLM LGDP LGPDB LGS LGTDLP LGVDLH LHDD LHS LIDT lieux Lieux-source lièvre Ligne7 lignes Lionel André éclats Lionel André éditions Lionel André encres Lionel André photographies Lionel André randonnées LIQV Lisa Cairns list listes littéralité livrelit LJDP LLDLI LLDME LLDO LLDP LLDQ LLL LMDDDLH LMDF LMDLE LMDM LMV LO LOAN LODL LOGOS lois London Lorand Gaspar Lorenzo Menoud Louise Bourgeois Louise Glück LPC LPDLE LPDP LPDS LPI LPM LQDLE LRDD LRDP LRDR LRDT LRED LSDA LSDS LSDV LSMT LSNDLR LTDS LTO LTR LUELADC Lune Lupasco Lus & Mus Lux LV; LVB.TDSDC LVDDP LVDT LVESO LVLTDLO LVMDE Lyn Hejinian Lynn Schwartz M M.Caron M.Craig-Martin M.S.M M.Trinité Ma Macedonio Fernandez Machado Maestri Maggiore Maïakovski Mains maintenant Mais Mallarmé Malrieux Mandalas Mandelstam MANEKINEKO Manganelli Manifeste Manon mantra Manuel Joseph manuscrit Manzoni Map Marchand Marcheurs Marelle Marie Martin Ziegler Marx Masao Yamamoto masque Massera Matinaux Matsui Matta-Clarck Matton Mauguin Mavis Karn maximes MBK MBO MC McCord MCH McLuhan MDA MDC MDLADLE MDLF MDOU MEC Mécanisme Méditations Meillassoux Mélusine mémoire Memories Menus Meraviglia Merci Mercredi Mercure Merton Thomas messages Mesure Métamorphoses Métaphysique Métis Metro MFRC MG Michon micro microcosme mieux Millet Milton Mina Loy Misrahi Miura ori MJNYCR MK monade Mondo Monostiques Monosyllabes Montagnes et Glaciers Montagnes poèmes Montaigne Montale Monteiro Moore Morris mot mots Moving mp3 MPUSPM MSerres MTAS Mû murmure Murphy Murs et Fenêtres Muscle Musil musiq Musique MWLG Mystères MZD N N.M Nabokov Nadja Nagarjuna Nagori Nancy Napoli Narnia Nassim Haramein Nathaniel Tarn Nature Nauman NDBDP NDDP NDLT Néant Négation Neiges Neil Mills Némésis Nerval neuf Neutre Nice Niedecker Nietzsche Nihilisme Nirupana NLJNLH NOBUO noeuds Noguez Noir nOmbres Nonnos Norge NOTEPAD Notes-Book Notes-Rapides Notifications NOUS noûs Nouveautés Novae Novalis Novarina NP NPhS NRSNPEM Nuages Nuits O.Pé Oberland objets Objets d'Amérique Oblomov Ockham Octaèdre ODIN ODSI œil OELDT Ogadine Olivier Cadiot OLR OM ON ondes Onfray onthologie Opalka Oph. 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SDM Sel selon SELP Seneca Sénèque Sengaï SGM Shakespeare Shepherd Shitao Shiva Shônagon SI Sicard signal Signes Signets Sikelianos silenc SILENCE Silesius Silliman Simmel Simon Cutts Sinclair singularité Situation Sivan six SJDC Skalova Ski SLFDM société soleil solénoïde Solutré Sommeil Sonnets Sons Sor Juana Sôseki Soto Soufi Soufre Soulages Souligne Sous le Pas SP SPHS SPiced Spicer Spinoza Spira spirale sport SPRCGB SPSLSA Squires SSM Stéfan Stein Steiner steppe Stromboli Structure Suarès SUBHDLH Suchère Suel suite Sun Tzu sur Suso sutras Swensen Sydney Banks Synchronicité synonymes Synopsis T T.A T.C T.R T.S.Eliot Tabarini Takis Tanizaki tantôt TAOPY Tardy Tarkos TC Tchékhov TDQ TDUESDS TEL Temps Temps probable TeneT Tétralemme TEXTES Thalès Thaumazein Thé Théorie Tholomé Thoreau timbres TINTIN Tissu Titres TLP TN TNS Tocqueville Todtnauberg tomates TOPOS Torque Toscane Toujours TouT TP TP.BN Traces Tractatus Traduire Trail Trains Transe translucide TRICTRAC Triste époque Tsvetaeva TT TU Tumulte Tunnel Tweets Twillight Typoésie Tzara u.p.d.d.v UCCDC UCDD UDP UEAN UEAR UJAAB UJAJS Ukraine ULDL ULDLLA Ulysse UMO UMP UN UNM unmot UPDS UPSA usura UVD V V.E V.I. 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