cette phrase est de René Char
elle est caractéristique de sa langue dense aphoristique
où chaque mot concentre une expérience
historique morale et spirituelle
nous sommes ce jour plus près du sinistre que le tocsin lui-même c’est pourquoi il est grand temps de nous composer une santé du malheur Dût-elle avoir l’apparence de l’arrogance du miracle
le premier mouvement est un constat
plus près du sinistre que le tocsin lui-même
le tocsin est la cloche qui avertit du danger mais Char dit que nous sommes désormais plus près du désastre que son annonce autrement dit le péril n'est plus extérieur nous vivons déjà en lui L'alerte est dépassée par la réalité
puis vient une formule étonnante
nous composer une santé du malheur
il ne dit pas échapper au malheur
il ne dit pas le vaincre
il ne dit même pas le supporter
il dit composer
comme un musicien compose une œuvre
comme un peintre compose
une toile
la santé n'est plus l'absence d'épreuve elle devient
une manière de vivre au cœur même
de l'adversité
sans être
intérieurement détruit
cette santé est une force spirituelle
elle ne nie pas la catastrophe
elle refuse simplement de lui abandonner l'âme
la dernière phrase
pousse encore plus loin cette exigence
dût-elle avoir l'apparence de l'arrogance du miracle
résister au désespoir paraît parfois déraisonnable
continuer à croire en la beauté à la liberté à la poésie lorsque tout
semble perdu peut passer pour une arrogance
René Char accepte ce risque
il préfère l'excès de confiance à la résignation
le miracle n'est pas ici une intervention surnaturelle
il est la capacité humaine à faire surgir
une lumière là où les circonstances
ne promettent que l'obscurité
cette pensée est profondément tragique
elle ne demande pas d'espérer parce que tout ira bien
elle demande de demeurer vivant même lorsque
rien ne garantit l'issue
on retrouve ici un thème constant de René Char
la dignité ne dépend pas de la victoire mais
de la qualité de la présence
autres fragments
la santé n'est pas l'absence de blessure
c'est la fidélité à la lumière malgré la blessure
le malheur est un climat
la santé est une manière de respirer
le miracle commence
lorsque l'homme refuse d'imiter le désastre
plus l'époque s'obscurcit
plus la moindre flamme devient une responsabilité
il ne s'agit pas de survivre au sinistre
il s'agit d'empêcher qu'il devienne notre manière de penser
composer
une santé du malheur
c'est faire de l'adversité non pas une identité
mais une épreuve où la liberté découvre
sa plus haute intensité
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