la logique ne construit pas le monde elle découvre
les nervures de son apparition
le langage ne contient pas le réel il en épouse
les contours
une proposition est une fenêtre jamais le paysage
le silence n'est pas l'absence des mots mais
leur origine encore intacte
toute phrase véritable borde
un territoire qu'elle ne peut franchir
le mystique commence là où la précision devient impuissante
le monde ne parle aucune langue pourtant toutes les langues
tentent de le rejoindre
ce qui est le plus proche échappe parce qu'il soutient
toute distance
nommer n'est pas posséder
c'est seulement désigner un lieu de rencontre
l'erreur de la métaphysique est parfois d'avoir voulu dire
ce qui devait être montré
l'erreur du positivisme est d'avoir cru que seul
le dicible existait
le visible est déjà une grammaire
chaque mot est une règle qui oublie son origine
le sens n'habite pas les mots
il circule entre eux
la logique est le squelette invisible
des évidences
l'évidence est une habitude dont la profondeur
s'est effacée
la certitude n'est peut-être qu'une confiance silencieuse
dans le monde
le doute ne
détruit pas le langage il en révèle les fondations
nous parlons toujours
depuis un arrière-plan que nous ne pouvons énoncer
le silence n'est pas le contraire de la parole
il en est la condition
une parole sans silence est une lumière
sans ombre
la pensée rencontre une limite non parce qu'elle est faible
mais parce que le réel est inépuisable
le mystère n'est pas une ignorance il est
une présence irréductible
il existe une logique
de la lumière qu'aucun syllogisme ne possède le plus
difficile n'est pas
de résoudre un problème mais
de voir ce qui est
déjà là
le monde n'est pas composé
de choses mais
de possibilités
de signification chaque forme
de vie invente la grammaire
de son univers
la montagne ne
démontre rien pourtant elle réfute
bien
des
discours le silence
des pierres est peut-être la première philosophie
le langage veut saisir ce qui sans lui demeure
déjà complet
la logique purifie le regard elle ne remplace
jamais la vision
une proposition exacte peut manquer entièrement
la vérité
ce qui importe le plus échappe souvent à
la preuve
la beauté ne réfute aucune théorie elle la rend parfois
inutile
le mystique ne nie pas la logique il l'accomplit
en la conduisant jusqu'à
sa frontière
la frontière
du langage n'est pas la frontière
de l'être
l'inexprimable accompagne chaque mot
comme
son ombre lumineuse
le monde est moins un objet
de connaissance qu'un événement
de présence
le silence n'est jamais vide il est plein
de ce qui ne
demande aucun nom
la dernière phrase
de la philosophie
devrait être une disponibilité
la logique enseigne à penser juste le silence enseigne
à voir juste
là où le langage s'arrête le réel ne commence pas
il continue
ce qui ne peut être dit peut parfois être vécu avec
une exactitude parfaite
la pensée atteint sa maturité lorsqu'elle cesse
de vouloir avoir le
dernier mot
peut-être que la vérité ne parle jamais plus haut
que le silence qui l'accueille.