Dire que tout ce qui est anti-
procède du même fondement essentiel que ce qu’il combat
c’est reconnaître que l’opposition
n’est jamais extérieure
On ne s’oppose qu’à ce dont on est déjà issu
L’ennemi n’est pas un autre radical
il est une figure interne
un miroir inversé
Philosophiquement
toute négation présuppose ce qu’elle nie
Être anti-
signifie encore appartenir au champ qu’on conteste :
en adopter le langage
les catégories
parfois même les valeurs mais en les retournant
Ainsi l’opposition n’abolit pas le fondement
elle le reconduit sous une forme antagonique
Chez Hegel
la négation est toujours déterminée
elle ne détruit pas purement et simplement
elle conserve ce qu’elle nie en le transformant Aufhebung
L’anti-
n’échappe donc pas à la logique qu’il combat
il en est un moment
Vouloir sortir d’un système par la seule opposition
revient souvent à en approfondir
la structure
Cette proximité explique pourquoi les mouvements anti-
tendent parfois à reproduire
les traits mêmes qu’ils dénoncent
dogmatisme contre dogmatisme
violence contre violence
totalisation contre totalisation
Ce n’est pas un accident moral
mais une conséquence ontologique la négation radicale
reste captive de ce qu’elle prend pour objet
Plus profondément encore
l’anti-
révèle que le fondement est commun
même désir de vérité
de justice
de totalité ou de salut
Ce qui diffère ce n’est pas l’origine, mais
la direction la forme
l’interprétation
L’anti-
est
une lutte
interne au sens
non une sortie hors du sens