cette image de Richard Wright possède une force
elle unit le temps le feu et la conscience
dans une seule
figure
brûler son temps
et chronométrer sa propre combustion
une bougie solitaire
la bougie ne consume pas seulement la cire
elle consume sa durée
sa lumière est inséparable de sa disparition
elle éclaire en se perdant
l'homme lui ressemble lorsqu'il mesure sans cesse
le temps qui lui reste
il ne se contente plus de vivre
il observe sa propre consommation
il devient le témoin de son propre feu
chronométrer sa combustion
c'est peut-être la tentation moderne
transformer l'existence en quantité mesurable
compter les heures
les performances
les jours
jusqu'à oublier la qualité de la flamme
la bougie elle ignore l'horloge
elle brûle entièrement
elle ne compare pas son éclat
elle ne calcule pas son reste
elle accomplit simplement sa lumière
autres fragments
toute lumière est une durée
qui se consume
le temps n'est pas ce qui passe
il est ce qui brûle
la bougie ne vieillit pas
elle devient lumière
mesurer sa combustion n'empêche pas
la cire de fondre
l'horloge compte les heures la flamme
ignore les nombres
la solitude de la bougie n'est pas d'être seule
mais d'éclairer en disparaissant
celui qui ne pense qu'à la cire
oublie la lumière
brûler n'est pas se perdre
c'est devenir visible
le destin de la bougie n'est pas d'éviter sa fin,
mais de faire de sa fin une lumière.
le destin de l'homme
n'est peut-être pas d'échapper au temps
mais de transformer chaque instant
consumé en présence
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