ce bref poème est de Ezra Pound
sous son apparente simplicité il met en œuvre
une ironie très profonde
méditation
quand je considère attentivement les habitudes curieuses des chiens
je suis obligé de conclure
cet homme est l'animal supérieur
quand je considère les habitudes curieuses de l'homme
j'avoue mon ami je suis perplexe
le poème repose sur un renversement
dans la première strophe le regard est fictivement adopté par le chien En observant l'homme le chien conclut naturellement que cet être extraordinaire est l'animal supérieur Cette supériorité paraît aller de soi
mais la seconde strophe inverse brutalement le point de vue
cette fois c'est le poète qui observe les hommes Et loin de confirmer leur supériorité il conclut simplement
je suis perplexe
cette perplexité est essentielle
pound ne dit pas que l'homme est inférieur
il ne dit pas non plus qu'il est supérieur
il suspend le jugement
pourquoi
parce que l'homme est un être paradoxal
il compose des symphonies et construit des camps
il contemple les étoiles et détruit la Terre
il écrit des poèmes et fabrique des armes
il est capable du plus haut comme du plus bas
la supériorité humaine cesse alors d'être une évidence
elle devient une question
ce poème touche ainsi à une interrogation philosophique
très ancienne
qu'est-ce qui distingue réellement l'homme de l'animal
la technique
le langage
la conscience
la morale
ou bien la possibilité même de s'interroger
sur sa propre nature
la chute est admirable parce qu'elle ne répond pas
elle laisse le lecteur dans un état de suspension
la perplexité
devient
une forme de sagesse
plus j'observe l'homme
moins je le définis
l'animal ignore sa condition
l'homme doute de la sienne
la grandeur de l'homme
n'est peut-être pas d'être supérieur
mais de pouvoir s'étonner de lui-même
le chien reconnaît son maître
l'homme cherche encore
ce qui le gouverne
l'intelligence construit des réponses
la sagesse conserve une part de perplexité
moins je le définis
l'animal ignore sa condition
l'homme doute de la sienne
la grandeur de l'homme
n'est peut-être pas d'être supérieur
mais de pouvoir s'étonner de lui-même
le chien reconnaît son maître
l'homme cherche encore
ce qui le gouverne
l'intelligence construit des réponses
la sagesse conserve une part de perplexité
l'animal
habite le monde
l'homme habite
la question qu'il est devenu
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