elle retranchera pour agrandir taira pour révéler
et dans ce vide habité elle dira
que le sens le plus profond naît parfois de ce qui manque
ellipse dans le saisissement du réel
quelque chose manque
et c'est précisément cette absence qui rend
le monde plus présent
le regard s'interrompt
entre deux perceptions une ellipse
c'est là
dans ce bref intervalle
que le réel change secrètement de visage
le saisissement ne dure pas
il pratique des ellipses
il apparaît
disparaît
puis revient autrement
laissant
dans la conscience
une chambre encore éclairée
l'ellipse est peut-être
il ne se donne jamais tout entier
il retire toujours une part de lui-même
afin que le regard
continue de le chercher
dans le saisissement du réel
les mots arrivent trop tard
ils entourent
une lacune lumineuse
cette lacune
est peut-être
le véritable poème
il suffit parfois
d'un oiseau
d'une pierre
d'un rayon sur l'eau
et tout le paysage
entre dans une profondeur
que rien n'explique
l'ellipse n'est pas une omission
elle est
la forme visible
de l'invisible
la courbure discrète
par laquelle le réel
échappe à sa propre évidence
le monde ne se révèle pas
par accumulation
mais par retraits successifs
chaque ellipse
creuse davantage
le saisissement
jusqu'à ce que la moindre chose
devienne
presque infinie
l’ellipse est tracée
la ligne revient sans se fermer sur un cercle
deux foyers demeurent
la distance varie
le mouvement suit la courbe
le centre se dédouble
la forme persiste
le regard accompagne le tracé
l’ellipse demeure
la courbe continue
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