le mot allemand Ereignis
est l'un des plus difficiles de toute l'œuvre de Martin Heidegger Aucune traduction française ne l'épuise car Heidegger joue sur l'étymologie du verbe ereignen advenir se produire mais surtout sur la proximité avec eigen propre ce qui est en propre approprier
ainsi Ereignis
n'est pas seulement un événement
c'est l'advenue de ce qui vient à sa propre
appartenance
voici
les principales traductions proposées
avec leurs forces et leurs limites
Événement
la traduction la plus courante mais aussi la plus trompeuse Elle évoque un fait historique ou un incident alors que Heidegger pense une mutation plus originaire de la relation entre l'être et l'homme
l'Avènement
plus solennel il suggère une venue une apparition Il restitue quelque chose de la dimension inaugurale d'Ereignis mais perd l'idée d'appropriation
l'Événement appropriant
traduction de François Fédier devenue classique Elle rend le mouvement par lequel l'être et l'homme s'appartiennent mutuellement Elle est fidèle au concept mais un peu lourde
l'Appropriation
très proche de l'étymologie heideggérienne Le risque est de faire croire à une prise de possession alors qu'il s'agit plutôt d'un devenir propre
l'Avènement de l'appartenance
ou
l'Advenue de l'appartenance
ces formulations explicitent davantage le sens,
mais elles sont interprétatives
si l'on s'éloigne un peu de la traduction littérale
pour chercher une équivalence poétique ou méditative
on pourrait entendre Ereignis
comme
la venue du propre
le moment où le monde nous atteint
l'instant où l'être se laisse rencontrer
l'ouverture où les choses adviennent à elles-mêmes
la co-naissance de l'homme et du monde
la clairière de l'apparaître
le devenir-présence
dans un registre plus proche de la poésie
j'oserais même dire
Ereignis est l'instant où le monde cesse d'être devant nous
pour commencer à avoir lieu en nous
ou encore
Ereignis est l'accord soudain entre une présence
un lieu et un regard
rien ne se produit
et pourtant tout commence
cette dernière formulation n'est pas une traduction mais une manière de faire sentir ce que Heidegger cherche à penser non un événement parmi d'autres mais l'événement de toute présence cette ouverture où le monde les choses et l'homme se donnent réciproquement leur juste lieu
L’Ereignis
sera l’événement silencieux de l’être
il ne surviendra pas comme un fait parmi d’autres
mais comme l’instant où le monde et l’homme
mais comme l’instant où le monde et l’homme
se reconnaîtront mutuellement
rien
n’y sera ajouté
rien
n’y sera retiré
dans cette appropriation réciproque
il dira que le plus profond n’arrive pas
il advient
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire