l'équilibre ne tient pas debout
il respire
quelque chose
en nous cesse de tirer sur le monde
les choses retrouvent leur propre poids de lumière
le vent n'ajoute rien aux herbes
il leur rappelle seulement leur manière d'être souples
la conscience
ressemble parfois à une eau très calme
ce n'est pas l'absence de rides
c'est une profondeur qui ne s'inquiète plus de sa surface
la joie n'est peut-être rien d'autre que cette
juste inclinaison de l'être
une pierre sur la montagne
une voile sur le ponant
le sable à marée basse
le vélo qui avance sans bruit dans le matin
le lézard sur une roche tiède
tout paraît connaître cette science silencieuse
l'homme lui l'oublie souvent
il cherche l'équilibre comme un objet
il ignore qu'il est un rythme
chaque pensée
qui s'apaise rend un peu d'espace à l'invisible
chaque respiration restitue
une part du ciel
la félicité n'est pas une émotion
c'est un climat
le cœur
cesse de se défendre
l'esprit cesse de vouloir posséder
le monde ne vient plus à notre rencontre
il apparaît
les montagnes ne sont plus hautes
elles deviennent
intérieures
les océans
ne sont plus lointains
ils viennent battre dans le sang
le silence n'efface rien
il révèle la charpente invisible des instants
l'existence retrouve son aplomb
comme
une étoile retrouve la nuit
et l'on comprend enfin
que l'équilibre n'est pas l'arrêt du mouvement
il est la félicité même du mouvement
lorsqu'il ne rencontre plus d'obstacle en lui-même
le reste appartient au vent
à la lumière
à l'immense patience des pierres
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