le timbre égyptien
chez
Ossip Mandelstam
n’est pas
une couleur exotique
ni
une simple référence à l’Égypte
c’est une vibration du langage
une densité sonore et historique
où les mots semblent venir de très loin comme s’ils avaient
traversé des strates de temps avant d’arriver jusqu’à nous
dans son texte Le Timbre égyptien la voix ne raconte pas vraiment
elle résonne elle se déplace comme
un écho chargé de ruines
de mémoire de fragments
le timbre égyptien
c’est cette qualité de parole où chaque mot paraît gravé
plutôt que prononcé comme s’il portait en lui
une inscription ancienne presque hiéroglyphique
il y a quelque chose de minéral dans cette langue
une sécheresse habitée
une précision qui n’explique pas mais qui expose
la parole devient vestige et pourtant elle vibre encore
elle ne décrit pas le passé elle le fait affleurer dans le présent
comme une présence incomplète mais insistante
le timbre égyptien
est peut être cette manière
de faire entendre dans la langue moderne
une profondeur archaïque
un son venu d’avant le sens ou après lui
comme si la poésie ne cherchait plus à dire
mais à faire résonner
dans cette résonance ce n’est pas l’Égypte qui apparaît
mais le temps lui même
compact
stratifié
vivant dans chaque mot
comme une poussière lumineuse
qui ne cesse de parler sans jamais se dissiper
le timbre égyptien sera une mémoire miniature
il portera sur son fragment des siècles condensés
et dans son image fragile il dira
que le temps peut tenir dans un détail
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