le silence très bref qui précède l’apparition d’un mot
c’est peut être là
que le langage est le plus vrai
avant la forme
avant le choix
avant que le sens se fixe
il y a cette suspension presque invisible
où quelque chose cherche à naître
non encore pensé
mais déjà présent
un seuil minuscule
où le mot n’existe pas encore
et pourtant exerce déjà sa pression légère
sur la conscience
ce silence n’est pas vide
il est dense d’éventualités
des dizaines de mots possibles
puis un seul
s’avance
comme si le langage émergait d’une obscurité calme
où tout demeure encore mêlé
parfois
dans cet instant extrêmement bref
on sent presque la matière du sens
avant qu’elle ne se cristallise
une vibration sans contour
le mot ensuite apparaît
et immédiatement referme quelque chose
il éclaire
mais il réduit aussi
car nommer
c’est perdre l’indéfini
voilà pourquoi ce silence si bref
possède une qualité presque sacrée
il contient encore
la liberté du non dit
la totalité flottante
avant la séparation des formes
un espace intérieur
où la pensée
n’est pas encore devenue phrase
et où pourtant
tout commence déjà
à parler
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