détritus
briques
planches
tessons de vaisselle
herbes folles
une carcasse de vélo mangée par la rouille
des journaux détrempés collés contre un mur
un terrain vague où le vent semble chez lui
des orties poussant entre les pierres fendues
une fenêtre sans vitre ouverte sur une pièce vide
des canettes ternies dans l’ombre des ronces
un grillage tordu envahi de liserons
la pluie retenue dans un pneu abandonné
des palettes noircies derrière un hangar
une poupée sans visage dans l’herbe haute
des morceaux de plastique pâlis par plusieurs étés
une odeur de poussière humide et de métal chaud
des clous rouillés dispersés dans la terre
un mur couvert de mousses et de graffiti effacés
des branches mortes mêlées à des fleurs sauvages
une bâche battue par le vent comme une voile inutile
des bouteilles cassées brillant au soleil du soir
une ancienne route lentement reprise par les plantes
le désordre obstiné
des choses laissées à elles-mêmes
leur lente dérive hors des formes prévues
comme si le monde dès qu’on cesse de le contraindre
retournait à une logique plus ancienne plus diffuse
où tout
se mélange
se déplace
s’accumule
et compose malgré nous
une étrange cohérence de poussière
et compose malgré nous
une étrange cohérence de poussière
de temps et d’oubli
ivresse de la poésie et du langage
quand les mots cessent d’être de simples outils
pour devenir souffle matière mouvement
et que la phrase emportée par son propre rythme
ouvre en nous une intensité difficile à contenir
comme si parler ou écrire
revenait soudain à traverser
une source vive de conscience et de feu
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