l’archéen
sera une nuit
avant les formes
il portera la terre encore sans visage
dans son obscurité
dense
il dira
que toute origine
naît d’un monde sans contours
l’Archéen
ou
le premier souffle de la Terre
la Terre naît dans le feu
une boule de magma un cri silencieux dans le vide
Théia la frappe
la Lune en est le témoin muet
l’océan bouillonne lourd de vapeur et de poison
pas un souffle d’oxygène
seulement le méthane
l’ammoniaque
le CO₂
une atmosphère étouffante
une étreinte brûlante
les météorites pleuvent
dernières caresses violentes de l’univers
puis le calme
les premiers zircons
grains de temps figés
murmurent
4,4 milliards d’années
la croûte se brise se plisse
des îles de pierre émergent timides
Pilbara
Kaapvaal
des noms qui sonnent comme des incantations
les cratons
noyaux durs résistent
la Terre respire enfin
l’eau
chaude acide salée
un berceau hostile
et pourtant…
dans l’ombre des sources hydrothermales
la vie s’essaye
des bulles de carbone
des filaments invisibles
les stromatolithes
tapis vivants tracent leurs cercles dans la boue
3,7 milliards d’années
pas encore d’yeux pour voir
pas encore de poumons pour respirer
seulement des cellules avides
qui dévorent le soufre l’hydrogène
et rêvent déjà de lumière
puis vient le grand changement
un murmure d’abord
l’oxygène
un poison pour les anciens
une révolution pour les nouveaux
la Terre se réveille
l’archéen s’efface
le monde bascule
nous sommes leurs héritiers
poussière d’étoiles enfants du feu et de l’eau
poussière d’étoiles enfants du feu et de l’eau
l’archéen n’est pas mort
il dort en nous
dans l’ombre première
avant le nom
l’archéen
avant le nom
l’archéen
une chaleur
qui cherche
une forme
qui hésite
rien ne parle
mais tout insiste
une trace
puis une autre
comme si être
commençait
sans le savoir
et continue
encore
ici
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