nuit est le nom que nous donnons à l’ombre de la Terre
comme si l’obscur n’était pas absence
mais simple retrait de la lumière
un passage de la clarté derrière nous
qui révèle par contraste
l’immensité toujours
là
elle nous apprend à voir autrement
dans ce qui ne s’éclaire pas
toutes les nuances des ténèbres au-delà de la
couleur noire occupaient l’espace
la nuit a continué
se répétant
il faut du vide pour que s’aimante la nuit
qu’un espace libre accueille sa gravité douce
où les formes se délient et se taisent
et où l’obscur loin de combler
attire et ordonne en secret
ce qui cherche encore
sa place
choses agréables la nuit à la manière de Sei Shōnagon
la première obscurité qui tombe sans bruit comme une promesse
une fenêtre ouverte d’où entre un air plus doux que le jour
les lumières lointaines qui tremblent sans se presser
entendre quelqu’un marcher au loin sans jamais le voir
les draps frais que l’on retrouve avec reconnaissance
une lampe allumée seule dans une pièce entourée d’ombre
les pensées qui deviennent plus lentes presque disponibles
un livre que l’on lit sans compter les pages
le silence interrompu par un bruit minuscule qui prend alors toute la place
les étoiles quand elles apparaissent soudain comme si elles avaient attendu
une tasse chaude tenue longtemps entre les mains
les rêves qui commencent avant même de s’endormir
une conversation à voix basse comme pour ne pas réveiller le monde
le sentiment d’être à l’abri sans raison précise
les rues désertes qui semblent appartenir à ceux qui passent encore
le bruit régulier d’une respiration proche
se réveiller brièvement et comprendre que tout est encore là
une musique presque inaudible qui accompagne sans s’imposer
les ombres qui adoucissent les formes
le moment où l’on accepte enfin de ne plus rien faire
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