s'
inspirer
d'
On Kawara
1932–2014
c'est s'immerger dans une esthétique de la répétition
de la date et de la présence pure
son œuvre dépouillée de tout ego documente
le simple fait d'exister dans
le flux du temps
phrases conçues comme une archive du quotidien
où le fait brut remplace
la métaphore
le 2 avril 2026 est une surface de peinture acrylique jaune
un télégramme
confirme que l'expéditeur
est toujours en vie à cet instant
le tracé d'une marche dans les rues de Paris devient
une ligne d'encre bleue
on se réveille à 07h14
dans une chambre dont on a oublié le numéro
la liste des personnes rencontrées aujourd'hui contient
huit noms et aucun adjectif
une boîte en carton protège
la coupure de presse du journal local
le temps n'est pas une durée
mais une succession de chiffres blancs sur fond noir
chaque jour est une unité de mesure qui s'ajoute
à un million d'années
la peinture
doit sécher avant
que minuit ne transforme
la date en
passé
un cachet de la poste fait foi de l'existence
géographique d'un corps
on ne peint pas le souvenir
on peint l'immédiat de la numérotation
la typographie Futura
impose sa neutralité au chaos du calendrier
un touriste regarde sa montre
sans savoir qu'il fait partie d'une série
le silence de l'atelier est interrompu par le frottement
du pinceau sur la toile
l'existence se résume à la trace d'un itinéraire
sur un plan de ville
les siècles s'accumulent dans des classeurs
à anneaux bien alignés
aujourd'hui
j'ai marché jusqu'au pont
puis je suis revenu
sur mes pas
la perfection de la lettre peinte à la main imite
la précision de la machine
le monde continue de tourner alors que la boîte 1972
reste fermée
je suis toujours en vie
dit le message reçu à l'autre bout du monde
dans cette série
la technique rejoint parfaitement le protocole de
On Kawara
l'objectivité
chaque phrase évite l'épanchement lyrique
pour se concentrer sur l'action
factuelle
la sérialité
la répétition thématique crée une structure globale puissante
sans avoir besoin de connecteurs logiques
donc car
l'opacité du temps
le lecteur ressent le passage des secondes
à travers la structure fragmentée
des phrases
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