qui étiez vous avant de naître
d'un point de vue philosophique
d'un point de vue mémoriel
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
qui étiez vous avant de naître
je me suis espacé
un peu d’air
entre moi
et ce qui me nommait
alors seulement
le monde
a recommencé
à passer
nacre du retour des vents
une pâleur marine
dans l’air qui se relève
et le ciel
qui polit
le passage invisible
des souffles anciens
le point d’appui
éblouit
à peine posé
et déjà
trop de lumière
pour le regard
l’obsolescence de l’homme
comme un outil laissé au bord d’un monde plus rapide
la main encore chaude
mais déjà
inutile
pourtant dans ce retard même
une conscience veille
celle de savoirque le monde continue
sans nous attendre
la mémoire de la mer
que les morts restent morts qu’ils ne reviennent pas
assez d’ombres
dans la bouche des vivants
leur silence
est peut-être
la seule vérité
qui ne demande plus
qu’on parle pour elle
je n’aurais pas dû
évoquer les taureaux de Basan
nous y sommes
le ciel s’est épaissi
et la pluie tombe
lourde
comme si la guerre
avait trouvé
un autre nom pour la terre
Ne t'éloigne pas de moi quand la détresse est proche, quand personne ne vient à mon secours! De nombreux taureaux sont autour de moi, des taureaux du Basan m'encerclent. Ils ouvrent leur gueule contre moi, pareils au lion qui déchire et rugit. Mes forces s'en vont comme l'eau qui s'écoule, et tous mes os se disloquent; mon cœur est comme de la cire, il se liquéfie au fond de moi. Ma force se dessèche comme l'argile, et ma langue s'attache à mon palais; tu me réduis à la poussière de la mort.
Psaumes 22 12 31
avant de rencontrer le Christ nous étions
comme les taureaux de Basan
puissance sans écoute
corps pleins de terre et d’orgueil
le front tourné vers la charge
sans savoir encore
qu’un autre royaume
s’ouvre dans la blessure
et le silence
Avant, longtemps avant, il y a eu des êtres
Qui se mettaient en rond pour échapper aux loups
Et sentir leur chaleur ; ils devaient disparaître,
Ils ressemblaient à nous.
Nous sommes réunis, nos derniers mots s’éteignent
La mer a disparu
Une dernière fois quelques amants s’étreignent,
Le paysage est nu.
Avant, longtemps avant, il y a eu des êtres
Qui se mettaient en rond pour échapper aux loups
Et sentir leur chaleur ; ils devaient disparaître,
Ils ressemblaient à nous.
Au-dessus de nos corps glissent les ondes hertziennes,
Elles font le tour du monde
Nous corps sont presque froids, il faut que la mort vienne,
La mort douce et profonde,
Bientôt les êtres humains s’enfuiront hors du monde.
Avant, longtemps avant, il y a eu des êtres
Qui se mettaient en rond pour échapper aux loups
Et sentir leur chaleur ; ils devaient disparaître,
lls ressemblaient à nous.
Bientôt s’établira le dialogue des machines
Et l’informationnel remplira, triomphant,
Le cadavre évidé de la structure divine ;
Puis il fonctionnera jusqu’à la fin des temps.