le granit ne se laisse jamais
entamer par la course des nuages
un vent de nord-est
rabat la bruyère contre la tourbe noire
la neige persiste dans les ravins alors que le calendrier indique juin
l'eau des lochs de haute altitude
a la couleur d'un thé
trop infusé
une silhouette de cerf se détache immobile sur la ligne de crête
le silence est ici une matière physique
que le cri d'un lagopède
déchire
CAIRNGORMS
chaque pas s'enfonce dans la mousse spongieuse jusqu'à la cheville
la lumière change de texture
dès que l'ombre d'un nuage dévale la pente
l'absence d'arbres rend à l'œil sa fonction de géomètre du vide
un cairn n'est pas un repère
c'est une accumulation de solitudes
le lichen dessine des cartes géographiques sur le flanc des rochers
la brume transforme le plateau
en une page blanche sans point de fuite
on respire une odeur de terre mouillée et de froid ancien
le quartz
brille par intermittence
sous le passage d'un éclat solaire
le temps s'évalue à la vitesse à laquelle le brouillard sature l'air
un ruisseau de fonte
creuse
un sillon invisible
sous la calotte de glace
la solitude n'est pas un sentiment c'est l'échelle réelle du paysage
le fer
contenu dans la roche
donne aux torrents
un reflet
de rouille
le vent efface les traces de pas avant même que le marcheur ne se retourne
l'horizon
n'est qu'une répétition
de vagues minérales figées
on passe d'une observation
chimique
le fer
à une observation
poétique ou métaphysique
la solitude
l'autonomie de chaque phrase empêche de transformer
les Cairngorms en une simple carte postale
le massif devient
une série de chocs perceptifs
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