les aiguilles immobiles pointent une faute imaginaire
et c’est nous qui pressons le pas
rien ne bouge mais l’inquiétude avance
ainsi parfois ce n’est pas le temps qui manque
c’est notre regard qui tremble devant son arrêt
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
comme une écume légère
à peine posée
sur la respiration du monde
rien ne la soutient
sinon le mouvement même
qui la dissout
elle brille un instant
minuscule constellation
au bord de la vague
puis s’efface
sans regret
sans trace
laissant au regard
la mémoire d’une douceur
qui n’a jamais pesé
Rose pâle comme la soie
presque
une absence
teinte d’aube
sa couleur n’insiste pas elle effleure
on dirait qu’elle hésite à paraître qu’elle se tient
au bord du visible
soie du matin
pli de lumière
dans la main du vent
la rose ne s’impose pas
elle respire
à voix
basse
Le Livre de Mallarmé
est l'ancêtre spirituel de l'hypertexte moderne
et de la poésie
concrète
c'est l'affirmation que l'écriture est l'acte
métaphysique
suprême
Le Grand Texte Intertextualité
tout texte est une mosaïque de citations
un auteur ne crée pas ex nihilo
il répond consciemment ou non à des millénaires de lectures
le début du livre
n'est que la reprise d'une conversation entamée bien avant lui
Le Rhizome
contrairement à l'arbre
qui a une racine un début et une cime une fin
la pensée est un rhizome
elle s'étend dans toutes les directions
Un livre est un plateau
une zone d'intensité que l'on traverse
mais qui continue de vibrer en dehors de ses couvertures
La déconstruction du Logos
le sens est toujours différé
le point final d'un livre n'arrête pas le sens
il ne fait que suspendre la lecture
le livre fait semblant d'aboutir à une conclusion
alors qu'il ne fait qu'ouvrir sur de nouvelles interprétations
cette idée transforme le livre en un objet magique ou labyrinthique
La circularité L'Ouroboros
de nombreux auteurs ont tenté de matérialiser ce concept.
dans Finnegans Wakede James Joyce
la dernière phrase du livre se termine par un article qui se connecte
directement à la première phrase du début
le livre devient un cycle éternel
une boucle sans couture
Le livre comme Univers
chez Borges la Bibliothèque de Babel
suggère que tous les livres possibles existent déjà
écrire un livre
c'est simplement isoler quelques pages de cette bibliothèque infinie
le début et la fin ne sont que des découpes chirurgicales
dans le tissu de l'imaginaire
Le silence d'avant et d'après
le livre émerge du silence et y retourne
mais ce silence est habité
le début est un seuil que le lecteur franchit
mais le monde fictionnel existait déjà dans un état latent
la fin n'est pas une mort mais une dissipation
comme une onde sur l'eau qui continue de se propager
après que la pierre a coulé
pourquoi le livre fait-il semblant
parce que l'esprit humain a besoin de clôture
l'esthétique de la limite
la couverture et le titre servent à rassurer
ils créent l'illusion d'une maîtrise
d'une unité cohérente
le Tout
Le jeu de l'auteur
L'auteur joue le jeu de la narration.
il pose un il était une fois début factice et un Fin silence imposé
tout en sachant que ses personnages et ses idées
continueront de dériver dans l'esprit du lecteur
échappant ainsi à la prison de papier
le livre est une fenêtre ouverte sur un paysage sans bords
on ne voit que ce que le cadre permet de voir
mais le paysage s'étend à l'infini derrière les murs
le livre ne commence ni ne finit car il est
une portion d'éternité capturée dans le temps du langage
un livre est un objet qui contient plus que ce qu'il contient
cette tension entre le fini l'objet et l'infini le sens
est l'essence même de l'écriture
La segmentation du réel
le langage ne peut pas saisir le monde dans sa globalité
pour nommer il faut découper
chaque phrase agit comme un aphorisme
du grec aphorizein délimiter
elle isole une portion de sens du reste du chaos informationnel
L'écriture est discontinue