j'ouvre ici une parenthèse
complètement inutile d'ailleurs
pour déclarer que le téléphone est une de mes haines
je prétends qu'il est immoral de se parler de si loin
et que l'instrument susdit est une mécanique infernale
il est bien entendu que je ne puis alléguer aucune preuve
de l'origine ténébreuse de cet allonge-voix
et que je suis incapable de documenter mon affirmation
mais j'en appelle aux gens de bonne foi
et d'esprit ferme qui en ont usé
le bruissement de larve qui précède l'entretien
n'est-il pas comme un avertissement qu'on va pénétrer
dans quelque confins réservé où la terreur peut-être
surrabonde... si on savait
et l'horrible déformation des sons humains
qu'on croirait étirés sous un laminoir
qui ont l'air de n'arriver à l'oreille qu'à force
de se distendre monstrueusement
n'est-elle pas aussi quelque chose d'un peu panique
il y a peu de jours
un vieux garçon de bains scientifiques
appointé spécialement pour le massage
des découvertes utiles
au hammam d'un puissant journal
célébrait la gloire d'une usine anglaise
qui venait d'exterminer l'Ecriture
il paraît qu'une lumineuse machine va destituer
la main des hommes
qui n'auront plus du tout besoin d'écrire
et le fantoche invitait naturellement plusieurs peuples
à se réjouir d'un tel progrès
j'imagine que le téléphone est un attentat plus grave
puisqu'il avilit la Parole même
Histoires désobligeantes
Léon Bloy
Léon Bloy est un antidote à la pensée tiède Que l'on soit croyant ou non on est frappé par la puissance de son verbe et son refus total de l'hypocrisie sociale Il reste le grand poète de l'indigence et de l'espérance surnaturelle
jamais il ne s'était vu un coeur plus simple
le langage moderne a déshonoré
autant qu'il a pu
la simplicité
c'est au point qu on ne sait même plus ce que c'est
on se représente vaguement une espèce
de corridor ou de tunnel entre la stupidité et l'idiotie
le désespéré
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