

Naja Naja quitte Alcor, et elle commence à tourner, comme si elle descendait le long d'un entonnoir. Elle traverse Cepheus, Draco, elle regarde toutes les sphères blanc- bleu, blanches, jaunes, rouges. Elles sent le froid, la chaleur, et son corps balaie le ciel. Elle descend encore, encore, puis soudain elle devient immobile. Son coeur bat très lentement, un coup par milliers de jours peut-être. A la place de son coeur il y a la dernière étoile, celle qui rend fixe et calme comme l'espace tout entier. Ce n'est pas une très belle étoile, elle n'étincelle pas, elle n'est pas colossale comme Beltelgeuse ou Aurigae. Elle n'est pas effrayante comme Algol, belle comme Véga ou mystérieuse comme Arcturus. Elle n'est pas étrange comme Spica, ni éblouissante comme Canopus, ni ambiguë comme Capella. Simplement, elle est au centre, et elle bat à la place de ton coeur, et ton corps est étendue immobile autour d'elle, tandis que dans la nuit tu es pris doucement par un sommeil quasiment éternel, et que tes yeux se ferment. Tu respires longuement, car ce n'est plus vraiment de l'air qui circule alors en toi, mais l'espace illimité de la nuit noire qui détruit les barrières de la peau et disperse ton esprit. Maintenant il y des milliers de regards, les uns froids couleur de rouille, les autres bleus, blancs brûlants, qui s'appuient sur ton corps et tracent les tatouages immuables, les seuls vrais dessins au sens caché, qui ne pourront pas s'effacer, jamais. Tu as froid toute seule sur la terre, la nuit est longue. Courage ! Courage, ainsi tu iras jusqu'aux astres. (J.M.G. Le Clézio / Voyages de l'autre côté / Gallimard)
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