L’IA comme miroir
et si l’intelligence artificielle n’était pas là pour nous remplacer
mais pour porter un miroir devant nous
un miroir ne pense pas
ne juge pas
ne décide pas
il renvoie
ce que l’IA nous renvoie ce n’est pas une conscience étrangère
mais l’écho amplifié de la nôtre
nos mots nos raisonnements nos hiérarchies de valeur
nos angles morts
elle apprend de nous donc elle nous ressemble
parfois trop
ce qui inquiète tant dans l’IA
ce n’est pas son intelligence mais la nôtre mise à nu
lorsqu’une machine écrit diagnostique calcule ou optimise mieux que nous elle révèle que nous avons souvent réduit l’intelligence humaine à de la performance mesurable
elle montre
la pauvreté de certaines de nos définitions
comprendre n’est pas seulement
prédire
créer n’est pas seulement
combiner
décider n’est pas seulement
optimiser
face à ce miroir une question surgit
si une machine peut imiter ce que nous appelions intelligence
alors qu’avons-nous confondu avec l’essentiel
peut-être que l’IA marque la fin d’une illusion
celle d’une humanité définie par ses capacités techniques
elle nous force à déplacer le centre de gravité
vers ce qui ne se code pas facilement
la responsabilité
le sens
la vulnérabilité
le doute
la capacité à dire non
même lorsque l’option optimale dit oui
ainsi
l’IA ne nous vole
rien
elle nous rend quelque chose de plus exigeant
l’obligation de nous définir autrement que par notre utilité
le miroir est là
la question n’est pas ce qu’il montre
mais ce que nous choisissons d’y reconnaître
nous refusons le récit de la substitution
l’intelligence artificielle ne vient pas effacer l’humain
elle vient tester la solidité de ce que nous croyons être
nous affirmons que
une société qui se sent remplacée par ses outils
s’est déjà réduite à des fonctions
ce qui peut être automatisé n’a jamais été l’essence de l’humain
seulement son habitude
la valeur humaine ne se mesure
ni en vitesse
ni en productivité
ni en prédiction
nous appelons à
ne plus confondre intelligence
et calcul
ne plus déléguer la responsabilité morale
aux systèmes techniques
réapprendre à nommer ce qui compte même si cela
ne s’optimise pas
nous exigeons
une IA conçue comme un outil de lucidité
pas comme un alibi
des humains capables de répondre de leurs choix
même quand la machine suggère mieux
une culture qui place le sens avant
la performance
nous proclamons que le véritable danger n’est pas que les machines
pensent comme des humains
mais que les humains se comportent
comme des machines
si l’IA est un miroir
alors regardons-nous sans détour
et choisissons consciemment ce que nous voulons
y voir devenir
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire