O formose puer nimium ne crede colori
cette injonction de Virgile extraite de la deuxième Églogue résonne comme un avertissement métaphysique sur la fragilité des apparences et le caractère fugace de la phénoménologie
la vanité de la surface
ô bel enfant ne te fie pas trop à ton teint
derrière ce conseil esthétique se cache une réflexion profonde sur
l'ontologie de la beauté et la trahison du visible
le mirage du phénomène
le color le teint l'éclat est l'expression la plus pure du monde sensible
mais il est aussi la plus trompeuse
en nous invitant à la méfiance le poète nous rappelle que la forme
n'est qu'une enveloppe transitoire
s'attacher à la couleur c'est vouloir saisir l'écume
en oubliant l'océan
l'érosion du temps
il y a ici une mélancolie du devenir
la couleur est ce qui fane en premier
elle est la marque de la finitude
la dromologie du vivant
la vitesse à laquelle la jeunesse se dissipe
transforme la splendeur présente en un futur souvenir
croire à la couleur,
c'est nier l'entropie qui travaille sourdement chaque être
l'essence contre l'apparence
c'est un appel à chercher une assise au-delà du miroir
si le teint est une illusion, où réside la véritable identité
le poète suggère que la vérité du sujet ne se situe pas dans l'éclat de sa surface
mais dans une profondeur
que le regard immédiat ne peut
percevoir
c'est une leçon de lucidité poétique
aimer la beauté certes mais l'aimer avec la conscience aiguë
de sa propre disparition afin de ne pas se noyer
dans le reflet du fleuve

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