un document
qui tente de concilier la précision du cristal
et la fluidité du souffle
TRACTATUS LOGICO-POETICUS
1.
de l'ontologie des Images
1.
Le monde est la totalité des métaphores
non des objets
1.1
la réalité n'est pas ce qui arrive
mais la manière dont l'image résonne
1.2
ce qui est stable est une illusion de la grammaire
seule la vibration est un fait
2.
de la possibilité
2.
Une image poétique
est un modèle de la possibilité
2.1
Nous nous faisons des tableaux du silence
pour habiter l'espace
2.2
L'image n'est pas le reflet du monde,
elle est l'éclat de sa collision avec le langage
3.
de la musique de la pensée
3.
La pensée
est la rime logique du possible
3.1
dans le poème la pensée ne cherche pas la vérité
mais l'exactitude de l'émotion
3.2
le sens d'une phrase est sa musique interne
si la musique est fausse la proposition est nulle
4.
des Limites
4.
Les limites de mon langage signifient
les limites de mon émerveillement
4.1
la logique remplit le monde
la poésie le vide pour le laisser respirer
4.2
Tout ce qui peut être dit clairement
peut aussi être chanté
5.
de la tresse du monde
5.
La structure du monde est une tresse de silence
de désir et de mesure
5.1
L'Ontologie du Silence
5.11
tout ce qui est dicible repose sur un socle
d'indicible
le silence n'est pas l'absence de son
mais la ponctuation nécessaire
de l'être
5.12
la proposition ne décrit pas le vide
elle le délimite pour qu'il devienne habitable
5.13
ce dont on ne peut parler
c'est ce qui donne au langage sa profondeur de champ
5.2
La Syntaxe du Désir
5.21
la grammaire est la géométrie du manque
nous codons nos désirs dans l'ordre des mots
5.22
le verbe est la tension entre ce qui est et ce qui aspire à être
la phrase est l'arc tendu vers l'objet aimé
5.23
une syntaxe parfaite est celle qui permet au désir
de circuler sans se briser
5.3
L'Éthique de l'Adjectif
5.31
l'adjectif est une responsabilité
qualifier le monde c'est décider de sa couleur morale
5.32
l'usage abusif de l'épithète est une corruption de la substance
la précision poétique est une forme
d'honnêteté logique
5.33
dire le ciel est bleu est une tautologie
dire le ciel est immense est un engagement
6.
de la forme finale
6.
La forme finale du monde
est la coïncidence de la règle et du cri
6.1
la logique est le squelette
la poésie est le souffle
6.2
l'éthique commence
là où la définition s'arrête
7.
de l'effacement
7.
La disparition du sujet
est l'accomplissement du poème
7.1
le Moi n'est pas un habitant du langage
mais le cadre de la fenêtre par laquelle le langage
regarde le monde
7.2
le poète n'écrit pas
il est le lieu où le poème arrive
l'écriture est un acte d'effacement volontaire
7.3
dans la proposition parfaite le sujet se dissout
il ne reste que la clarté de l'image
7.4
quiconque me comprend
finit par reconnaître mes métaphores comme des échelles
il doit les jeter après y être monté
7.5
l'œil ne se voit pas lui-même lorsqu'il regarde
ainsi le langage ne peut se dire lui-même sans cesser d'être
7.6
Une fois le Moi congédié
il ne reste plus de spectateur seulement la pure présence de ce qui est
8.
sur ce que le silence a dévoré
il ne reste qu'à ne rien ajouter
Épilogue
l'inscription des cendres
Le livre fermé ne contient plus de mots mais un espace désormais chargé de leur passage En acceptant la disparition du Moi nous n'avons pas créé un vide mais une résonance L'épilogue n'est pas une conclusion mais la constatation d'une métamorphose le lecteur qui sort de ce texte n'est plus celui qui y est entré car le sujet s'est dispersé dans la structure Il ne reste du traité qu'une température celle d'une pensée qui a brûlé ses propres fondations pour éclairer un instant l'horizon
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