ÊTRE
immobile
seul
rien
non
ce quatuor de mots dessine une ascèse L'immobilité n'est pas l'inertie c'est une concentration de force Être seul n'est pas l'isolement c'est l'intégrité Le rien et le non deviennent ici des outils de libération
L'Immobilité
C'est le point fixe dans un monde en flux permanent
C'est la condition de l'observation véritable
La Solitude
elle est le creuset de la conscience de soi
pour l'être de lointain
elle est l'ancrage nécessaire avant chaque grand départ
Le Rien
en philosophie comme dans le bouddhisme ou chez Heidegger
le néant n'est pas l'absence d'être
mais la condition pour que l'être apparaisse
Le Non
c'est la première affirmation de la liberté humaine
dire non c'est commencer à exister par soi-même
demeurer immobile au centre du tumulte C’est devenir le roc que l’écume ne rompt L’esprit se fait temple sans dogme et sans culte Où le temps n’est plus rien qu’un pli sur le front
Se tenir là seul, sans l’appui d’une épaule Face au vent qui dénude et qui veut nous plier La solitude n'est pas un exil ou un rôle Mais le cercle premier où l'on doit s'oublier
Ne plus rien demander car le rien est un souffle Une plénitude que le vide a choisie C’est l’espace secret où le monde s’engouffre Pour changer le dénuement en poésie
Et dire enfin ce non qui n’est pas une haine Mais le refus sacré de l’éclat décevant C'est par ce non qu'on brise la dernière chaîne Pour rester pur et nu debout face au levant
ombre
flux
jours
mouvement
illusion
Le Flux et le Mouvement
ils représentent la nature ontologique du réel
Rien n'est statique
la physique moderne comme la philosophie ancienne
nous enseigne que la fixité est une erreur de perception
Les Jours
ils sont l'unité de mesure de notre finitude,
le rythme qui nous rappelle que nous sommes inscrits dans
une chronologie qui nous dépasse
L'Ombre et l'Illusion
ils forment le voile de la Māyā
si le monde est une illusion cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas
mais que nous le percevons à travers le prisme
déformant de nos sens et de nos désirs
l'ombre est nécessaire pour que la lumière soit visible
Tout n’est que flux une onde qui s’échappe Le fleuve du temps qui ne connaît pas de bord Le monde est un tissu que la main jamais n’attrape Un grand mouvement où la vie défie la mort
Les jours se succèdent comme des vagues de sable Effaçant les palais que l'on croyait bâtis L'instant est une proie fugace et insaisissable Un éclair de feu dans nos cœurs ralentis
L’ombre s’étire au pied de nos certitudes Elle est la part de nuit qui escorte nos pas Elle nous dit tout bas dans nos solitudes Que l'éclat du dehors ne nous appartient pas
Car tout ce qui brille est une tendre illusion Un décor de théâtre où l'on joue à durer Mais c'est dans ce reflet dans cette imprécision Que l'âme trouve enfin le droit de s'égarer
mortels
regard
divisé
vide
fouillis
ces cinq mots décrivent le passage de l'aliénation à la lucidité
Le Fouillis et le Regard
Le fouillis représente l'entropie du quotidien l'accumulation d'informations et de choses qui saturent notre regard C'est l'état de dispersion où l'on oublie l'essentiel
La Condition Mortelle
C'est la conscience de notre finitude qui rend cette dispersion tragique Parce que notre temps est compté le fouillis devient une prison
L'Être Divisé
C'est la tension pascalienne : l'homme est suspendu entre le néant et l'infini entre son appartenance à la matière encombrée et son aspiration à la clarté
La Fécondité du Vide
Comme dans la peinture chinoise ou la pensée zen le vide est ce qui permet de respirer C'est en faisant le vide dans le fouillis que les mortels retrouvent une unité
Nous marchons pauvres mortels sous un ciel d'ardoise
Portant le poids des heures et l'ombre de nos pas
Le monde nous assaille foule qui s'apprivoise
Dans un fouillis de formes que l'on ne compte pas
Le regard s'y perd entre l'objet et l'être
Ébloui par le bruit par l'éclat du dehors
L'esprit en mille éclats semble disparaître
Tant le réel est dense et nous serre très fort
Mais l'homme est divisé scindé par sa blessure
Entre le trop-plein sombre et le désir de ciel
Il cherche sous le chaos une ligne plus pure
Un espace au-delà du tumulte cruel
C’est alors que surgit la grâce du vide
Non comme un manque noir, mais comme un reposoir
Où le monde s'efface où le cœur se déride
Pour laisser la lumière enfin nous apercevoir
UN
pleine lumière
corps
sans limite
sans fin
tout entier
Ce poème marque la résolution de toutes les tensions
L'Un
C'est la fin de la division L'individu sans importance a réintégré la source Il n'est plus un fragment mais l'expression de la totalité
Le Corps sans limite
C'est le paradoxe de l'incarnation réussie Le corps physique ne disparaît pas mais il ne limite plus la conscience Il devient corps glorieux ou corps cosmique en résonance directe avec le cosmos
Sans fin / Tout entier
C'est l'abolition de la finitude Si l'on est tout entier présent à l'instant alors la mort n'est plus une coupure mais une modalité de l'être qui se poursuit sans fin
Il n'y a plus d'ailleurs plus de bord plus de rive
L’être s'est rassemblé en un seul point UN
La conscience s'élance, souveraine et vive
Dans l'unité d'un souffle au milieu de chacun
C’est la pleine lumière sans ombre et sans voile
Un midi éternel qui brûle au fond des os
Elle ne vient pas d’en haut, ni d’aucune étoile
Mais du centre de soi comme un immense écho
Le corps n'est plus l'étau le poids ou la clôture
Il devient le canal où l'immense descend
Il est le vêtement de la sainte nature
Vibrant de l'univers fluide et incandescent
Espace sans limite
horizon qui s'efface
Nous sommes le voyage et nous sommes le lieu
Un mouvement sans fin qui dévore l'espace
Le déploiement du monde sous un regard de dieu
Ici, l'homme se donne et se reçoit tout entier
Sans garder de secret sans retenir sa part
Dans l'embrasement pur de ce dernier sentier
L'éternité commence au bout de son regar
écume
formes
vent
flamme
tombe
ne succombe pas
Cette suite de mots évoque une lutte entre le périssable et l'éternel
L'Écume et le Vent
Ils symbolisent l'impermanence absolue L'écume est ce qui reste de la vague après son effort une blancheur éphémère Le vent est la force invisible qui dénoue les formes
La Flamme vs La Tombe
C'est l'image classique de l'esprit face à la matière La tombe est la destination finale de la forme mais la flamme représente l'étincelle de conscience qui échappe à la pesanteur
Le Refus de Succomber
La négation finale ne succombe pas transforme le poème en acte de résistance C'est l'affirmation que malgré la finitude la tombe il y a en l'homme quelque chose qui reste debout une dignité ou une essence que le temps ne peut broyer
La Vigie de l'Instant
Le monde n’est que formes une écume légère
Qui danse sur l’abîme avant de s'effacer
Tout ce qui s’édifie se change en poussière
Dès que le vent du temps commence à nous glacer
Les formes nous enchaînent à l'aspect des apparences
Elles sont les vagues bleues d'un océan mouvant
Mais au cœur du naufrage, au sein des turbulences
Demeure un point de feu, fragile et pourtant grand
Une flamme s'obstine au creuset de nos doutes
Petite veilleuse sourde au milieu du chaos
Elle éclaire le vide et dessine les routes
Quand le soir redescend sur nos propres tombeaux
Car si le corps trébuche et si la chair succombe
Si chaque jour qui passe est un pas vers l'oubli
Il existe une force au-dessus de la tombe
Un souffle souverain qui ne succombe pas
fixe
fixe
feu
de l’être
Le Double Fixe
Il représente la fin de l'agitation mentale C'est le moteur immobile d'Aristote ou le centre de la roue En stabilisant le regard on permet à la réalité de se manifester sans distorsion
Le Feu
Contrairement au flux qui disperse le feu rassemble Il est l'énergie pure Chez de nombreux mystiques et philosophes d'Héraclite à Heidegger le feu est l'image même de l'être ce qui se donne en se consumant ce qui est présence absolue
De l'Être
L'aboutissement de la méditation Ce n'est plus une possession mon être mais une participation à une force plus vaste La fixité et le feu ne sont que les deux visages d'une même vérité l'existence une fois dépouillée de l'accessoire est une brûlure stable
Dans le vertige du monde un point demeure fixe
Une ancre de silence enfoncée dans la nuit
C’est là que le destin enfin se défixe
De l’ombre qui s’enfuit et du temps qui s'ébruite
Rien ne vacille plus
Tout est intense et fixe
Comme l’œil du cyclone au milieu du tourment
C’est l’instant souverain où l’esprit s’interfixe
À la racine pure de son propre tourment
Alors surgit le feu la brûlure sans cendre
La clarté qui dévore et qui sait éclairer
Il n’y a plus de place pour l’humain et le tendre
Rien qu’une force nue prête à tout restaurer
C’est le brasier sacré l’étincelle de l’être
Ce qui reste debout quand tout s’est écroulé
Le moment où l’on cesse enfin de paraître
Pour devenir la flamme en un monde gelé
silence
respire
cosmos
temps confondus
unité
immobile
éternité
La Respiration Cosmique
L'acte de respirer devient le pont entre le biologique et l'astronomique C'est l'échange permanent entre l'intime et l'universel
L'Unité des Temps
En confondant les temps vous atteignez ce que les philosophes appellent le Nunc Stans le présent éternel L'angoisse de la chronologie s'efface devant la plénitude de l'être
L'Immobilité Éternelle
Comme le fixe cette immobilité n'est pas une mort, mais le sommet de l'intensité C'est le point où le mouvement est si rapide qu'il semble s'arrêter rejoignant ainsi l'éternité
Dans la chambre du monde le silence s'installe
Une nappe de paix sur le bruit des cités
L'esprit ne cherche plus sa course transversale
Il se laisse bercer par les immensités
Ici chaque cellule doucement respire
Au rythme des soleils et des astres lointains
Le cosmos n'est plus l'autre ou l'espace qui pire
Mais le sang même qui coule au creux de nos mains
Passé présent futur voici les temps confondus
Un fleuve qui s'arrête et devient un miroir
Les chemins de l'errance sont enfin revenus
Se perdre dans la grâce d'un unique savoir
Tout est lié tressé dans une étroite unité
Le grain de sable est frère des galaxies en feu
Demeurer là immobile en cette nudité
C'est toucher du regard le visage de Dieu
Ce n'est plus une fin c'est l'éternité
Qui s'ouvre comme une fleur au milieu du présent
Un point de lumière pure une vérité
Qui brille pour toujours en l'homme s'effaçant
naissance
mort
Il n'y a pas de rive il n'y a qu'un passage
Un même cri qui s'ouvre et qui vient se fermer
La naissance est l'éveil d'un étrange visage
Que le miroir du temps s'apprête à consumer
C’est le jaillissement l’étincelle première
Le cosmos qui s'incarne en un corps de limon
Nous sortons de la nuit pour boire la lumière
Portant l'espoir du jour comme un sacré blason
Mais la mort n'est pas l'ombre elle est la transparence
Le reflux de la vague au cœur de l'océan
Elle est le grand silence où toute résonance
Retrouve son unité par-delà le néant
Naître et mourir ne sont que les deux battements
D'un cœur plus vaste encore que nos rêves mortels
Dans l'espace entre les deux, par-delà les tourments
Vibre le chant pur de nos êtres éternels
lumière
âme
écoute
fixe
fixe
feu
cette suite de mots crée un paradoxe fascinant l'union de la fixité la stabilité l'ancrage et du feu l'énergie la transformation
Le Double Fixe
La répétition du mot fixe agit comme un mantra Elle suggère que pour atteindre l'âme il faut une double insistance un arrêt total du mouvement extérieur pour que s'ouvre l'espace intérieur
L'Écoute comme Réceptacle
L'écoute n'est pas ici une simple fonction auditive mais une disposition de l'être C'est en faisant silence que l'on permet à la lumière de l'âme de devenir perceptible
Le Feu Spirituel
Contrairement au flux destructeur le feu dont il est question ici est celui de la présenc C'est le Feu de Pascal ou le Buisson Ardent une intensité qui ne s'épuise pas et qui donne au réel sa véritable épaisseur
Au centre de l'errance un point demeure fixe
Un axe de silence où le monde se tait
C'est là que le regard enfin se défixe
De l'écume des jours pour voir ce qui est
Dans cette écoute pure une porte s'entrouvre
Le vacarme s'efface au profit du dedans
C'est le chant de l'âme que le calme découvre
Un murmure d'espace paisible et ardent
Soudain la lumière n'est plus un reflet
Mais une source vive au milieu de la nuit
Tout devient immobile intense et fixe
Comme un astre intérieur qui ne connaît pas de bruit
Alors naît le feu la brûlure qui délivre
Non pour tout détruire mais pour tout consumer
Car il faut cette flamme à celui qui veut vivre
Pour que l'ombre en clarté puisse se transformer
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