cadrer le monde
chaque ouverture impose une coupe une distance une durée
transforme le dehors en expérience intérieure
le matin j’ouvre les volets
le monde est déjà là
mais découpé
à l’hôtel une fenêtre donne sur
une autre fenêtre
deux chambres se regardent
sans se connaître
dans le train
le paysage ne défile pas
il se retire
vitre du métro
reflet du visage mêlé aux immeubles
je regarde
dehors à travers quelqu’un
au restaurant entre deux conversations
une rue passe
quelques secondes de monde
sans importance
la fenêtre de l’ordinateur contient
toutes les fenêtres
elle ouvre
sur des lieux que le corps
ne rejoint pas
au travail le même carré de ciel revient
chaque jour
je ne le regarde jamais
de la même
façon
pare-brise route
pluie
une lumière sur l’asphalte
suffit à déplacer toute la journée
la gare
fenêtres quais
départs
le dehors devient attente
peut-être que regarder consiste seulement à accepter ce cadrage
ne jamais voir le monde entier mais recevoir ce qui vient
dans l’étroite ouverture d’un instant

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire