samedi, janvier 31, 2009

voies, pieds, traces ou marches

Gaston Phoebus dit du veneur : " Et si on l'interroge ou qu'on lui parle des pieds des bêtes, il doit appeler les pieds des cerfs voies ou pieds, car l'un et l'autre conviennent. Ceux de l'ours, du sanglier et du loup, il les doit appeler traces ; et ceux du renne, du daim, du chevreuil et du lièvre, il les doit appeler pieds ; et ceux des autres bêtes puantes, marches, comme il a été dit. "
°
L.A. photographie, marches de l' écureuil, les Saisies Janv 2009

vendredi, janvier 30, 2009

Logoneiges



Sur ce trop blanc je vous laisse à vos boucles...
Ivalo petits lapons n'est pas loin.
°
L.A. photographies, en raquettes à neige aux Saisies
signe amical à Christian Dotremont.
°
En Laponie, les plus grands orages sont de neige, les plus beaux arcs-en-ciel éclatent dans la nuit, en dansant, et le soleil le plus précieux, c'est l'invention du feu, chaque hiver
C.D.

Cercle polaire


L.A. logoneige & photographie, les Saisies Janv 2009
°
inachevé
en plaine laine
j'écris ceci, lieu où je suis

Le goût

vase de pivoines, Manet, musée d'Orsay
°
Votre esprit est entraîné perpétuellement hors de ses gonds, et surpris dans le piège de ténèbres construit avec un art grossier par l'égoïsme et l'amour- propre. Le goût est la qualité fondamentale qui résume toutes les autres qualités. C'est le nec plus ultrà de l'intelligence. Ce n'est que par lui seul que le génie est la santé suprême et l'équilibre de toutes les facultés.
°
Isidore Ducasse
Poésies I

jeudi, janvier 29, 2009

à 6000 pieds au-delà de l'homme et du temps

Andoar, Nietzsche
°
Je vais maintenant raconter l'histoire du Zarathoustra. La conception fondamentale de l'oeuvre, la pensée de l'éternel retour, cette formule suprême de l'affirmation la plus haute qui puisse être atteinte, - remonte au mois d'août de l'année 1881 : cette pensée a été jetée sur une feuille avec cette suscription : " à 6000 pieds au-delà de l'homme et du temps ". Ce jour-là, je marchais dans la forêt au bord du lac de Silvaplana ; près d'un puissant bloc dressé comme une pyramide non loin de Surlei, je fis halte. C'est là que me vint cette pensée. Si, de ce jour, je remonte quelques mois en arrière, je trouve comme signe précurseur une modification soudaine et, en profondeur, décisive de mon goût, surtout en musique. On pourrait peut-être classer tout le Zarathoustra dans la musique ; - il supposait à coup sûr une renaissance de l'art d'écouter.
°
Nietzsche, ecce homo

Le plus magnifique mois de janvier

Le gai savoir, " la gaya scienza". Aurore est un livre affirmateur profond et néanmoins clair et bon. Cela vaut aussi et au plus haut degré pour la gaya scienza : dans presque chacune de ses phrases, la profondeur et l'enjouement se tiennent tendrement la main. Une strophe qui exprime ma reconnaissance pour le plus magnifique mois de janvier que j'aie vécu - tout le livre est un cadeau qu'il m'a fait - trahit à suffisance de quelle profondeur est sorti le " savoir " pour devenir gai :
°
" Toi qui d'un javelot de flamme
As brisé la glace de mon âme,
Si bien qu'en bouillonnant elle se hâte
Vers la mer de sa plus haute espérance :
Toujours plus clair et toujours plus sain,
Libre dans l'obligation la plus amoureuse -
Ainsi célèbre-t-elle tes miracles,
Toi le plus beau des janviers ! "
°
Nietzsche, ecce homo

mercredi, janvier 28, 2009

Encore une fois

recommencer...De nouveau...Encore...Encore une fois...Une fois de plus...Nous revoilà.
Maître loup s'enfuit et court AGAIN.
°
L.A. photographie, les Saisies Janv.2009

Un opéra fabuleux

Rimbaud, qui, écrit-il, devient un " opéra fabuleux " (paroles et musique), voit son âme éternelle, et lui donne l'ordre, en la tutoyant, d' " observer son voeu, malgré la nuit seule et le jour en feu ". Un voeu qu'on a prononcé, et qu'on observe (double sens du mot) , passe au-delà de la nuit et du jour. Là, de façon peu démocratique, elle se " dégage des humains suffrages, des communs élans, elle vole selon ".
Le mot important, ici, est selon.
Selon quoi ? Le vent, les circonstances, les situations ? En tout cas, elle vole, cette âme éternelle, c'est un oiseau en langue des oiseaux, un oiseau qui connaît seul sa destination. C'est un nouvel évangile, l'évangile selon saint Selon. En bas, sur terre, plus d'espérance, d'aurore, d'apparitions, de lendemains qui chantent, rien que science, patience, " supplice sûr ", " braises de satin ", " ardeur et devoir ". En haut, le vol sur la mer mêlée de soleil, en bas, la forge infernale du temps aplati. Est-il possible de vivre à la fois et en même temps dans ces deux mondes contradictoires ? L'un d'oiseau sans contraintes, l'autre de piéton clandestin des saisons ?
°
Philippe Sollers
Les voyageurs du temps
Gallimard
°
Yann Moix
le figaro littéraire du 8 janvier 2009

Par le son d'un caillou, d'un bambou

Bamboo an Rocks, Gui Zhuang
°
Un jour, Kyogen balayait le jardin devant un ermitage, dans la montagne, un petit caillou alla frapper un bambou. Par ce son, il s'éveilla. Il écrivit un poème :
.
Par un coup, par le son d'un caillou,
Par le son d'un bambou,
J'ai tout oublié. J'en ai fini avec toute intelligence
qui emplissait mon cerveau.
Mes complications ont pris fin.

mardi, janvier 27, 2009

Le Samadhi du miroir du trésor


Dans l'Hokyo Zan Mai, le " Samadhi du miroir du trésor ", maître Tozan écrit :
.
Comme en vous contemplant dans le miroir,
La forme et le reflet se regardent
Vous n' êtes pas le reflet,
Mais le reflet est vous.
.
Si l'on regarde, entend, touche, certifie un seul côté, l'autre reste obscur, caché. Si on pratique exactement une chose, on peut tout pratiquer; à l'inverse, si on ne peut se concentrer sur une seule chose, on ne peut se concentrer sur rien.
.
Dogen
L.A. encre et aquarelle

lundi, janvier 26, 2009

Mange ce qui est devant toi !

Mange le livre et va parler.
J'ai ouvert ma bouche et il m'a donné le livre à manger.
Il m'a dit : nourris ton ventre et remplis tes intestins avec le livre.
Je l'ai avalé et dans ma bouche il a été doux comme du miel.
°
avec Ezéchiel

Un oeil d'Aigle

Eagle Huang Shen
°
et deux ailes allaient là où l'esprit les poussait.

Thalès de Millet

Il fut un sage, et le premier des astrologues. Il dessina la course du soleil d'un solstice à l'autre, et démontra que comparée au soleil, la lune en est la cent vingtième partie. C'est encore lui qui fixa à trente jours la durée du mois, et qui écrivit le premier traité sur la nature. Il affirma l'immortalité des âmes, il apprit des Égyptiens la géométrie, inscrivit dans un cercle le triangle rectangle, il soupçonna que l'eau était le principe des choses, que le monde était animé et rempli de démons. On dit qu'il découvrit les saisons de l'année, et qu'il la divisa en trois cent soixante-cinq jours. Il ne suivit les leçons d'aucun maître, sauf en Egypte, où il fréquenta les prêtres du pays.
Voici un de ses poèmes :
,
Le trop parler n'est pas marque d'esprit.
Trouver une seule chose sage,
Choisissez une seule chose belle,
Et vous clouerez le bec à bien des bavards.
.
On lui attribue encore les sentences suivantes : de tous les êtres, le plus ancien, c'est Dieu, car il n'a pas été engendré ; le plus beau , c'est le monde, car il est l'ouvrage du dieux ; le plus grand, c'est l'espace, car il contient tout ; le plus rapide, c'est l'esprit, car il court partout ; le plus fort, c'est la nécessité, car elle vient à bout de tout ; le plus sage, c'est le temps, parce qu'il découvre tout.
.
On lui demandait ce qui était difficile : " se connaître " ; ce qui était facile : donner un conseil à autrui ; ce qui était le plus doux : jouir ; ce que c'était la divinité : un être sans commencement ni fin. Il disait encore que l'on doit penser à ses amis aussi bien en leur absence qu'en leur présence.
Il mourut en regardant les jeux gymniques, pour avoir eu trop chaud et trop soif et par suite de sa fatigue et de son grand âge. Voici son épitaphe :
Ce tombeau, certes, est bien petit,
Mais la renommée de l'homme est allée au ciel.
C'est celui de Thalès le très sage.
°
Thalès est l'auteur du fameux " connais-toi toi-même " qu'Antisthème (Livre des Filiations) attribue à Phémonoé, en déclarant que Chilon se l'appropria mensongèrement.
°
Voir Diogène Laërce
vie, doctrines et sentences des philosophes illustres

Montagne

Dans cette montagne sauvage où réside le supradivin se trouve un abîme dont le prélude est sensible à tous les purs esprits : ils entrent alors dans une vertu ineffable d'une sauvage étrangeté.
°
Tiens-toi sans image et lâche toute emprise, c'est là que réside la plus grande joie.
Dans le plus grand abandon est la plus haute élévation.
°
Suso ( 1295-1366)

Avec Hölderlin

Du Signal vers la Chartreuse là-bas, le nuage-esprit là-bas gris et humide, le début du jour passe dans sa beauté. La divinité nous guide, amicale, avec du bleu pour commencer, puis des nuages qu'elle arrange d'une forme arrondie et grise. Éros, le plus ancien des dieux, rode aux haies sauvages où croissent les violettes cachées.

samedi, janvier 24, 2009

Un charmant jésuite du 16è siècle,

Jérome Nadal ( 1507-1581), vous dit d'où viennent les sensations les plus réelles :
" De la persuasion de la foi vient l'ouïe, et de son intelligence vient la vue . De l'espérance vient l'odorat. De l'union de la charité vient le toucher, et de la joie qu'elle procure vient le goût."
Les contrôleurs et les contrôleuses s'esclaffent. Le meilleur nom, pour les parasites antipoétiques, est finalement le suivant : ventousards, ventousardes. Votre ouïe est obstruée, votre vue voilée, votre odorat bouché, votre toucher anesthésié, votre goût gâté. La ventouse sexuelle s'en occupe, elle tient à son emprise sur les corps humains effarés. Niez le sexe, il vous hallucine ; faites-le trop entrer, il vous broie.
°
Philippe Sollers
les voyageurs du temps
Gallimard

lui qui est le charme des lieux fuyants

Il est l'affection et le présent puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été, lui qui a purifié les boissons et les aliments, lui qui est le charme des lieux fuyants et le délice surhumain des stations. Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et des drapeaux d'extase.
°
Génie, Rimbaud

Un arbre,

sortira de la neige comme un rameau
de la tige de Jessé.
°
L.A. texte & photographie, les Saisies Janv 2009
.

Ô feu de la tortue










cette lente 
mutation de l'être écaille passée

ô feu 
de la tortue


L.A. texte & 
photographie, les Saisies Janv 2009





















.

vendredi, janvier 23, 2009

Belle étendue,


silencieuse et spacieuse où les souffles sont harmonieux ;
la vie est une halte confiée temporairement.
°
L.A. photographie, la grande tourbière des Saisies Janv 2009

jeudi, janvier 22, 2009

Le pin d'immortalité


Persistance du feuillage et incorruptibilité de la résine. Les immortels taoïstes se nourrissent des graines, des aiguilles et de la résine. Cette nourriture les dispense de toute autre, elle rend le corps léger et capable de voler. La résine de pin, si elle s'écoule le long du tronc et pénètre dans le sol, produit, au bout de mille ans, une sorte de champignon merveilleux, le fou-ling, qui procure lui-même l'immortalité. Les fleurs des pins du ciel de la pureté de jade donnent l'éclat de l'or à qui les mange.
°
L.A. photographie, le pin sylvestre, les Saisies janv.2009

Pinus



L.A. photographies,
pin sylvestre, tourbière des Saisies Janv 2009
°
Les pinacées ont des représentants dans tout l'hémisphère nord, surtout en région tempérées. Vieux genre qui date du jurassique. Le nom latin pinus se relie à une racine indo-européenne PIC... qui signifie amer, pix la poix s'y rattache, peuké, pitos en grec, pine en anglais signifient le pin et en sanskrit on a pitu = résine, rhume, morve, pituite. Le pin, l'arbre résineux par excellence, qui a donné à son tour pinasse et péniche, embarcation en bois de pin. Arbres à aiguilles, mais à aiguilles groupées par 2, 3 ou 5 les pins se distinguent facilement des autres conifères.

Un vaste ciel

les nymphéas, claude monet
°
Les reflets bleus mêlés au zénith et de l'horizon dans les eaux lentes qui les brassent et les caressent, Monet les a repris et magnifiés. Ses nymphéas de l'orangerie ne sont qu'un vaste ciel où se déploient, se colorent, rutilent dans la brume et se dilatent les nuages. Leurs métamorphoses s'accompagnent des jeux de la luisance et des teintures fertiles. Ils s'y trempent, émergent, parcourent les nuances de l'arc-en-ciel, parsemés de floraisons. Le temps d'un éclat pulvérulent entre deux éclipses...
°
source, André Ar Vot,
cent vues de l'enclos des nuages

mercredi, janvier 21, 2009

Je suis debout,


dans l'air de la neige et des aulnes... J'entends , dégage l'espace et souffle.
°
L.A. photographie, les Saisies Janv 2009

Toute l'après-midi,




je marche dans une laine que j'aime...J'entends mieux maintenant sa parole...
.
la planète neige
une grande écuelle
blanche comme un soleil
.
Le jour glacé devient doux, blanc dans son innocense.
°
L.A. Photographies, les Saisies Janv2009

Sur sa page presque blanche,

il dit air pour qu'il y ait un vide
par lequel il soufflera entre les mots
Je dis air pour qu'il y ait un sol
sur lequel je marcherai vers ses mots
°
L.A. photographie, les Saisies Janv2009

Il réunit tous les éléments,


l'eau circule avec sa sève...La terre s'intègre à son corps par ses racines...L'air nourrit ses feuilles...Le feu jaillit de son frottement...Mort et régénération, le feuillu surtout, évoque un cycle...Il se dépouille et se recouvre chaque année de feuilles.
°
L.A. photographie, les Saisies Janv.2009

L' épicéa ou sapin rouge

Epicéa faute d'usage qui traîne dans les dictionnaires, on devrait dire picea, de pix la poix, la résine. L'arbre forestier des montagnes fraîches et arrosées, de part et d'autre des 1000 m d'altitude. Les épicéas marchent ensemble, en rang serrés, à l'assaut des sommets. Mais vers les 1500 m le front s'effrite et cette ultime frange forestière, décimée par les frimas n'envoie plus que quelques colonnes d'arbres têtus qui s'obstinent à gravir les couloirs d'érosion, survivants mutilés d'une éternelle campagne de Russie, soldats oubliés qui vivotent jusque vers 2000 m. Un grand bel épicéa isolé apparaît régulièrement conique, branchu du haut en bas, aigu ; planté droit ce solide gaillard voit passer facilement 4 ou 5 siècles.
°
voir le guide des arbres et arbustes d'Europe
édition Delachaux et Niestlé
°
L.A. photographie, les Saisies Janv.2009

Hier après-midi


Je suis sorti dans le Blanc...Dans le libre Blanc... Et j'ai marché, épuisé, sur l'abîme du jour blanc. En esprit cette pensée-poésie d'Annick Ranvier, imprégnée de l'impossible Désigne chaque route en promesse.
°
L.A. photographie, Col des Saisies Janv.2009 en raquettes à neige

mardi, janvier 20, 2009

Ce matin...

Neige brume et rivière mélangés au bleu...Parfois, la Montagne d'Outray apparaît comme une Déesse... Et, cette exergue :
Bienheureux celui qui est avant
d'avoir été. Car celui qui est a été et sera.
.
écrits gnostiques
évangile selon Philippe.
Les voyageurs du temps
Philippe Sollers
roman/Gallimard
.
Tout va très vite, maintenant, en plein dans la cible.
.
Riches heures de lecture en perspective...En avant route.

Résonance

La résonance mutuelle entre les catégories d'êtres est obscurément mystérieuse et profondément insaisissable : on ne peut ni en rendre compte par la connaissance ni l'expliquer par la discussion. Ainsi, quand le vent d'est s'élève, la partie claire du vin déborde ; quand le ver crache sa soie, la corde correspondant à la note shang se brise. C'est que les uns ont excité les autres. Quand on trace un dessin incomplet de la lune dans la cendre, le halo lunaire laisse voir une brèche ; quand une baleine meurt, des comètes apparaissent. C'est que les uns stimulent les autres.
°
De l'examen des choses obscures

lundi, janvier 19, 2009

Dansant


" Nous ne sommes pas de ceux qui n'arrivent à former des pensées qu'au milieu des livres - notre habitude à nous est de penser en plein-air, marchant, sautant, grimpant, dansant..."
Nietzsche
°
L.A. encre sur papier & photographie

L' homme qui fait le temps

Toi-même tu fais le temps ; tes sens en sont
l'horloge ;
Si tu arrête l'inquiétude il n'y a plus de temps.
°
Angelus Silesius
le voyageur chérubinique
189. Livre 1

L'athéisme est réservé à très peu d'individus,

M.N. , plus tard en convient : l'athéisme est réservé à très peu d'individus, tellement peu nombreux ( puisqu'il faut qu'il sachent d'abord de quoi " Dieu " a été fait ) qu'on peut même se demander s'ils existent. L'athéisme doit être une conviction personnelle et ésotérique, profondément occulte, sans qu'aucun clergé, intellectuel ou autre, puisse en décider. C'est la liberté. Un athée conséquent doit, bien entendu, être incollable sur les questions théologiques les plus difficiles, sinon c'est un esprit faible, servile, grégaire. Le positif qui ne connaît pas son négatif veut inconsciemment, son humiliation, sa disparition, sa défaite. Le Dieu mort vit très bien de l'ignorance à son sujet, il s'en repaît, il revit à chaque instant sous le nom de société.
°
Philippe Sollers
Une vie divine
Folio

La passion Lippi


Filippo Lippi, Madone
°
" Les esprits rares sont des formes célestes et non de stupides cochers ". Cette affirmation, qui a trait à l'"esprit" de Filippo Lippi, fut au XVI siècle attribuée par Giorgio Vasari à Cosme l'ancien de Médicis (1389-1464), mécène qui plaçait sa confiance dans frère Filippo et commissionna nombre de ses oeuvres. C'est là une formule qui exprime en termes simples une évidente tendance néo-platonicienne : la reconnaissance du caractère de l'artiste, du sens le plus élevé de son oeuvre, considéré comme le miroir de la vie céleste, aussi inestimable qu'un don de Dieu. Peu importait donc à Cosme que frère Filippo fût un artiste excentrique, à la conduite irrégulière et qui ne manifestait aucun respect envers l'habit religieux qu'il portait depuis son plus jeune âge. Il semble même que Cosme, le premier grand mécène de la dynastie des Médicis, aurait déclaré que " chaque peintre se peint soi-même " ( c'est Politien qui le rapporte dans son journal ). C'est ainsi qu'aurait pu être accepté notre peintre bien que, comme nous en informent les documents, il eût été doté d'un caractère réservé et difficile, impulsif et passionné, peu enclin à respecter les règles et accords passés. ( voir les protagonistes de l'Art Italien du Gothique à la Renaissance, Scala)
°

Autoportrait, chapelle Brancaci
°
La passion Lippi. Florence 1414. Un enfant hirsute, aux pieds couverts de corne, griffonne furieusement une fresque remarquable à même le sol d'une ruelle des bas-fonds de la ville. Miraculeusement repéré par Cosme de Médicis et placé au couvent des Carmes, il va faire souffler un vent de passion sur la peinture de la Renaissance. Moine libertin, artiste intransigeant et manipulateur sans scrupules, futur maître de Botticelli, ses sublimes madones bouleversent son époque. Elles lui sont pourtant très intimement inspirées par les filles des maisons de plaisir de Florence qui en ont fait leur petit prince caché. Bravant tous les interdits et jusqu'à l'autorité suprême du pape, il commet par amour l'ultime provocation. Le scandale le pousse à l'exil et le renvoie au secret sanglant enfoui au coeur de son enfance. Fra Filippo Lippi invente un rapport nouveau entre l'art et le monde de l'argent et, le premier, fait passer les peintres du statut d'artisans estimés à celui d'artistes reconnus.
°
Sophie Chauveau
La passion Lippi
Folio 4354

dimanche, janvier 18, 2009

Silence, je regarde

Nature sauvage, dans les bleu nuit argenté, danse folle de mots amers, matières au son muet et vide au corps. État brut et métallique déployé sur le corps reposé, immobile. Ébranler le stable, le statique
.
Une poudre opaline, filigrane doré
Descendue du soleil, s'égrène lentement
Sur le pays éteint, assoupi et repu.
Plénitude magique, dialoguant dans les champs
Où des reflets diaphanes, diaphorèse des fleurs
Ou goutte de rosée, s'écoulent diamantés.
Alchimie lumineuse, après l'aube diffuse
Qui s'exhale rieuse, d'une esquisse exaltée...
Rêverie euphonique des ciels et des soleils
Dont la fusion synchrone, aux lueurs chatoyantes
Mire un pays cuivré, pulpe de souvenirs...
.
Maximilien alla se rafraîchir le visage, étourdi de ce long voyage dans l'imaginaire. Il revint avec sa longue- vue sur l'épaule, regarda encore, fixant une ligne devant lui et sembla s'accorder à ce temps faussement calme, ouaté.
°
Olivia-Jeanne Cohen
Silence, je regarde
éditions L.Mauguin

Perseus

Voici je jeune homme qui évita à Andromède d'être mangée par Cetus. Il tient encore à la main la tête de la Gorgone. Son oeil Algol, l'étoile du diable, clignote . Plusieurs personnes imaginent cette constellation en forme de lettre "K " ou de fleur-de-lys. Algol, le démon est une binaire à éclipse dont les composants sont de type B8 et gKO. Lorsque la plus grosse (gKO) passe devant la plus petite, l'éclat diminue pour une durée de 10 heures. Cette paire est située à 105 A.L.




h et x sont le célèbre Amas Double. Le premier est situé à 7000 A.L. et le second à 8000 A.L. Les deux amas sont de magnitude 9. Ils offrent un spectacle magnifique aux jumelles ou au petit télescope. ( à l'extrémité supérieure de l'éventail)

Notre propre voie.


Lorsque nous faisons le pas décisif et que nous nous engageons sur la voie appelée " notre propre voie ", brusquement un secret se découvre à nous : tout ce que nous pouvions avoir d'amis et d'intimes - tous c'étaient jusqu'alors imaginé avoir une supériorité sur nous et se sentent offensés. Les meilleurs d'entre eux sont indulgents et attendent avec patience que nous retrouvions la " voie droite " - ils la connaissent si bien ! Les autres raillent et font comme si l'on était devenu passagèrement fou, ou ils dénoncent perfidement un séducteur. De plus méchants nous déclarent foncièrement fou et cherchent à noircir nos mobiles ; et le pire de tous voit en nous son pire ennemi, un être assoiffé de vengeance après une longue dépendance, - et il nous redoute. - Alors que faire ? Je conseille d'inaugurer notre règne en assurant d'avance une amnistie d'un an à l'ensemble de nos connaissances pour leurs péchés de toute espèce.
°
484 Notre propre voie livre cinquième
Aurore, Nietzsche
L.A. Photographie, vers l'Aiguille du Grand-Fond et la Pierra-Menta
Janv.2009

Il viso


il viso est en vérité sur neige chose étrange... Ce vers appartient au poème qui dit aussi...L'âme est en vérité sur terre chose étrange...Ailleurs, dans un autre poème...Un visage animal saisi d'azur, devant l'azur sacré se fige...
°
L.A. texte & photographie, les Saisies Janv.2009

L'être humain parle

Shitao, en méditation
°
L'être humain parle. Nous parlons éveillés ; nous parlons en rêve. Nous parlons sans cesse, même quand nous ne proférons aucune parole, et que nous ne faisons qu'écouter ou lire ; nous parlons même si, n'écoutant plus vraiment, ni ne lisant, nous nous adonnons à un travail, ou bien nous abandonnons à ne rien faire. Constamment nous parlons, d'une manière ou d'une autre. Nous parlons parce que parler nous est naturel. Cela ne provient pas d'une volonté de parler qui serait antérieure à la parole. On dit que l'homme possède la parole par nature. L'enseignement traditionnel veut que l'homme soit, à la différence de la plante et de la bête, le vivant capable de parole. Cette affirmation ne signifie pas seulement qu'à côté d'autres facultés, l'homme possède aussi celle de parler. Elle veut dire que c'est bien la parole qui rend l'homme capable d'être le vivant qu'il est en tant qu'homme. L'homme est homme en tant qu'il est celui qui parle. Guillaume de Humboldt l' a bien dit. Pourtant reste entièrement à penser ce que cela veut dire : l'être humain.
°
Heidegger
Acheminement vers la parole
TEL/Gallimard

loi-zi-bl'


Shitao, source dans un roc
°
Loisible... Il lui est loisible... Qui est permis, qui ne dépend que du libre choix...Et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps (dernière ligne, une saison en enfer, adieu, Rimbaud, avril-août, 1873). Entre lointain, loisir et lolita.

vendredi, janvier 16, 2009

Le Luth de Dieu

Paul Cézanne. Grand pin et terre rouge (près d'Aix)
1890-1895, Musée de l'Hermitage, Saint-Pétersbourg
°
" Te souviens-tu du grand pin qui, sur le bord de l'Arc planté, avançait sa tête chevelue sur le gouffre qui s'étendait à ses pieds ? Le pin qui protégeait nos corps par son feuillage de l'ardeur du soleil, ah ! puissent les dieux le préserver de l'atteinte funeste de la hache du bûcheron ! "
( Cézanne, lettre à Emile Zola, 9 avril 1858)
°
366. Le luth de Dieu
Un coeur qui, pour Dieu, sait en son fond être
calme comme il veut,
Dieu aime à le toucher, il est pour lui un luth.
Angelus Silesius

L' entretien sous le marronnier

Sous les branches d'un marronnier de Ménilmontant, un philosophe et un poète parlent de ce qu'ils savent et de ce qu'ils sont. Martin Heidegger et René Char apprennent la langue de leur dialogue. Paris est en vacances. Nous sommes en 1955. " Au cours de mon voyage en France, avait écrit Heidegger, je serais très content de faire la connaissance de Georges Braque et de René Char. " Rien n'est plus hasardeux que la croisée des chemins. Mais voici que, tandis que tombe la nuit d'été,
Là rayonne en pure lumière
sur la table, le pain et le vin.
( Georg Trakl, soir d'hiver)
°
Malgré la séparation des existences et des langages, une entente vient de s'établir. C'est le dialogue de la poésie et de la pensée.
°
Jean Beaufret
dans études critiques
René Char, oeuvres complètes
Bibliothèque de la Pléiade
°
Une vie une oeuvre sur France Culture, émission du dimanche 10 décembre 2006, Martin Heidegger (1889-1976) pensée, du divin et poésie. Avec les voix de René Char 1964, Jean Beaufret 1981, Beda Allemann 1965, Paul Celan 1967, Martin Heidegger 1957. ICI

jeudi, janvier 15, 2009

Fragment

Les cavales qui m'emportent m'ont conduit aussi loin que mon coeur pouvait le désirer, puisqu'elles m'ont entraîné sur la route abondante en révélations de la divinité, qui, franchissant toutes cités, porte l'homme qui sait. C'est par cette route que j'ai été porté ; car c'est sur elle que m'ont conduit les très prudentes cavales qui tiraient mon char, et des jeunes filles montraient la route.
°
extrait de Parménide le poème de Jean Beaufret aux PUF
°
Savoir écouter jusqu'au silence est le privilège d'un être secret à qui le recueillement ne fait jamais défaut...Déjà le galop des cavales a repris dans l'imaginaire, et voici qu'enfin, au bout de la route, se dressent les portes du Jour et de la Nuit...Le poème nous trans porte dans un dépaysement sacré.
J.B.

Parménide. Le poème

" Eh bien donc je vais parler - toi, écoute mes paroles et retiens-les- je vais te dire quelles sont les deux seules voies de recherche à concevoir : la première - comment il est et qu'il n'est pas possible qu'il ne soit pas - est le chemin auquel se fier - car il suit la vérité - . La seconde, à savoir qu'il n'est pas et que le non être est nécessaire, cette voie, je te le dis, n'est qu'un sentier où ne se trouve absolument rien à quoi se fier. Car on ne peut ni connaître ce qui n'est pas - il n'y a pas là d'issue possible - ni l'énoncer en une parole. " Parménide
°
" Si tout grand poème est un évènement, et même peut-être une aventure, la question se pose de savoir ce qui, au juste, advient dans le poème de Parménide. Nous pouvons formuler ainsi la réponse. Ce qui advient, dans le poème de Parménide, c'est la transcendance elle-même ; non pas sans doute au sens métaphysique, qui dominera depuis le platonisme jusqu' à nos jours, d'un étant transcendant, mais au sens du dépassement ou de la transgression radicale de tout étant possible vers l'éclaircie même de l'être de l'étant.
Jean Beaufret.
puf

La flamme de l'attention

Bonnard, fenêtre ouverte

L'observation, telle une flamme d'attention,
efface la haine.
Brockwood Park, le 28 août 1982
°
L'observation est comme une flamme qui est attention et avec cette capacité d'observation, les blessures, le sentiment d'avoir de la peine, la haine tout cela est consumé, envolé.
Brockwood Park, le 29 août 1982
°
Puis-je vous racontez une histoire ? Un maître spirituel avaient plusieurs disciples et, tous les matins, il leur parlait de la nature de la bonté, de la beauté et de l'amour. Un matin, alors qu'il s'apprête à parler, un oiseau se pose sur le rebord de la fenêtre et commence à chanter. Il chante un moment, puis disparaît. Le maître dit : " La causerie de ce matin est terminée. "

Brockwood Park, le 4 septembre 1982

Krishnamurti
La flamme de l'attention
Point/Sagesse
°
Le discours de déclaration de dissolution de l'ordre de l'étoile d'orient, prononcé par Krishnamurti en 1929 à Ommen sur le site Paris4Philo : ICI

mercredi, janvier 14, 2009

Ce que dit Lucrèce :


" La substance des nuages ne peut être aussi dense que celle de la pierre ou du bois, ni aussi déliée que celle des brouillards et des fumées qui s'envolent ; sinon, ou bien ils devraient, entraînés par leur pesanteur, tomber comme les pierres, ou bien, telle la fumée, ils ne pourraient garder leur cohésion, ni retenir en eux les neiges glacées et les averses de grêle. "
°
L.A. photographie, les Saisies, Janv.2009

Aristophane


Strepsiade : - " Dis-moi, qu'est-ce qui leur prend, si ce sont véritablement des nuées, de ressembler à des femmes mortelles ? Les nuées de là-haut ne sont pas faites ainsi (...) Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elles ressemblent à de larges flocons de laine, et non à des femmes, par Zeus, mais pas le moins du monde. Celles-ci ont des nez. "..." Seraient-ce des revenantes ? "
Socrate : - Nullement ; ce sont les célestes nuées, grandes déesses pour les oisifs ; elles nous dispensent savoir, dialectique, entendement, langage prestigieux et verbeux, l'art de frapper et d'empaumer.
Strepsiade : - voilà donc pourquoi, après avoir entendu leurs voix, mon âme a pris son vol et aspire déjà à subtiliser, à bavarder sur de la fumée...
°
L.A. photographie, les Saisies Janv.2009

L'année dernière,


j'ai rencontré une fille beaucoup plus jeune que moi. Elle avait juste vingt ans. Elle venait de quitter Dresde pour devenir modèle. J'ai su tout de suite que notre histoire serait provisoire.
P.V.

Obscur,


momentanément ou habituellement privé de lumière ; foncé peu lumineux, sombre, difficile à comprendre, à expliquer, qui n'est pas net, est senti confusément... Entre obscénité et obscurantisme.
°
L.A. encre sur papier et photographie

La Perle

L.A. photographie, sur la neige...
°
pour Raymond Alcovère
°
Voici dans le repli de notre substance la perle qui est le grain métaphysique, soustrait à la fois par le silence en lui de toute vocation terrestre à la menace du germe intérieur comme de la critique externe, une condensation de la valeur, une goutte de lait, un fruit détaché et sans tige, une solidification de la conscience, l'abstraction jusqu'à la lumière de toutes les couleurs, une conception immaculée. L'âme blessée et fécondée possède au fond d'elle même un appareil qui lui permet de solidifier le temps en éternité. C'est la perle, c'est cette réalisation de l'essence, c'est cet un nécessaire, c'est ce résumé entre nos doigts de toute possession qui sert de porte, nous dit l'Apocalypse, à la Jérusalem céleste. Elle ne brille pas, elle ne brûle pas, elle touche : fraîche et vivifiante caresse pour l'oeil, pour l'épiderme et pour l'âme. Nous avons contact avec elle. Telle est l'étoile polaire que le pèlerin taoïste va cueillir dans le moyeu même de la roue universelle : tel est le limpide joyau qui est enchâssé entre les deux sourcils de Bouddha.
°
Paul Claudel, l'oeil écoute, folioessais
°
Une perle brillante exprime la réalité sans la nommer réellement ; c'est le nom de l'univers. Elle contient le passé inépuisable existant à travers le temps et parvenant jusqu'au présent. Dans le présent existent corps et esprit qui sont la perle brillante. Un brin d'herbe, les arbres, les montagnes, les rivières de ce monde ne sont pas seulement ce qu'ils sont, ils sont la perle brillante.
°
Dogen

Quartz

Minéraux formant une famille de silico-aluminates de teinte générale sombre, en prismes plus ou moins allongés à section transversale rectangulaire ou octogonale. Présents, sous diverses variétés, dans de nombreuses roches magmatiques. Édifice des atomes ordonnés sous forme de chaîne simple. Contiennent pour la plupart du fer et du magnésium.
°
Bureau de recherches géologiques et minières
°
Quartz fantôme. Une aiguille de cristal habitée par sa propre effigie est dite quartz fantôme. Elle est scandée dans son épaisseur par l'épure répétée de sa forme, comme par autant de voiles successifs, de peaux que la mue aurait conservées au lieu de remplacer. Elle impose avec insistance l'idée, l'image, sinon la preuve d'un développement personnel qui obéit, dans un univers qui l'exclut, à l'impérieuse fatalité d'un germe.
°
Roger Caillois
Pierres
Poésie/Gallimard

mardi, janvier 13, 2009

L'esprit


n'apparaît jamais que sous une forme inconnue.
(Novalis)
°
L.A. encre sur papier & photographie

Voilà

Une grosse lune paraît d'un bond au-dessus de la montagne
Voilà ce qui me semble être la chose la plus belle.
°
promenade nocturne en raquettes à neige, sur la Palette (Janv.2009)

entre mes paupières

mer, ciel et mare
alternés
mare, ciel et mer
.
Lune du matin contre soleil levant
comme sur l'une des plus belles anciennes monnaies grecques
.
Ezra Pound
Cantos Pisans

Oui, la Terre était le paradis des dieux...

Quels êtres admirables que ces Grecs. Leur existence était si heureuse qu'ils imaginaient que les dieux, pour trouver leur paradis et aimer, descendaient sur la Terre. Oui, la Terre était le paradis des dieux... Voilà ce que je veux peindre. Auguste Renoir.
°

Les grandes baigneuses 1887
( 115 X 170 cm, musée de Philadelphie)
source pileface

lundi, janvier 12, 2009

La supervision

" Dans cette montagne sauvage où réside la supervision, se trouve un abîme dont le prélude est sensible à tous les purs esprits : ils entrent alors dans une vertu ineffable d'une sauvage étrangeté. "
°
Henri Suzo ( 1295-1386)
de son vrai nom Henri de Berg (montagne)
source, Philippe Sollers, une vie divine, folio
°
L.A. photographie, les Saisies

Trace d'un Lièvre lunaire


Le lièvre qui comme la lune, meurt pour renaître, est devenu de ce fait dans le Taoïsme, le préparateur de la drogue d'immortalité. On le représente au travail à l'ombre d'un figuier, broyant des simples dans un mortier. Les forgerons chinois utilisaient son fiel pour la fonte des lames d'épée : il était censé communiquer force et éternité à l'acier, pour ces mêmes raisons qui faisaient qu' en Birmanie on le considérait comme l'ancêtre de la dynastie lunaire.
°
L.A. photographie

Chère soeur,

La vue de ces montagnes étincelantes, éternelles, t'impressionnerait autant que moi, et si un Dieu de puissance possède un trône sur terre, c'est sur ces splendides cimes. Je ne puis que rester en arrêt comme un enfant et m'étonner et me réjouir en silence, debout sur la plus proche colline, voyant du haut de l' Éther les montagnes descendre par degrés jusque dans cette aimable vallée cernée de sapins toujours verts et traversée en son fond de torrents et de lacs ; c'est là que j'habite au milieu d'un jardin dont les saules et les peupliers sont sous ma fenêtre, au bord d'une eau transparente qui m'enchante la nuit de sa rumeur, quand tout est silence et que sous la sérénité du ciel constellé, je songe ou j'écris. Tu vois, ma chère, j'envisage ce séjour comme quelqu'un qui a connu passablement de souffrances dans sa jeunesse et se trouve à présent assez satisfait et tranquille pour éprouver une vive reconnaissance pour ce qui est.
°
Hölderlin
lettre à sa soeur
Hauptwil, près de St. Gall
le 23 février 1801

dimanche, janvier 11, 2009

Hauteluce

L.A. photographie, Janv 2009
°
beau clocher à bulbe
d'écailles inoxydables
qui s'élève à cinquante cinq mètres.
L' église Saint-Jacques d'Assyrie (1558)
°
ICI

Vénus

Loin une nef au départ sur les plages solaires. Obliques les poussières gravitant à des plaies de cobalt dans le sillage des parfums. Fluides les îles lacs verts où transmutent des fables et si lentes et douces les gerbes vierges de la pluie. A la reverdie des sources contre les bulles de la chaleur tout un été arborescent pressait sa chair poreuse. Une indicible existence dans le miroir lui répondit.
°
Yves Battistini
GLM, Automne 1956

Les lignes de la vie

Les lignes de la vie sont diverses
Comme les routes et les contours des montagnes.
Ce que nous sommes ici, un Dieu là-bas peut le parfaire
Avec des harmonies et l'éternelle récompense et le repos.
°
Hölderlin
poèmes des dernières années 1807-1843

YIN-YANG


Le caractère yin se compose de yin (exprimant la présence des nuages, le temps couvert) et de fou (la colline, le versant) ; yang se compose de yang (désignant le soleil élevé au-dessus de l'horizon, son action) et du même radical fou. Il s'agit donc originellement du versant ombreux et du versant ensoleillé d'une vallée, dont l'étude a pu être l'une des bases de la Géomancie. Par extension, yin et yang désignent l'aspect obscur et l'aspect lumineux de toutes choses ; l'aspect terrestre et l'aspect céleste ; l'aspect négatif et l'aspect positif ; l'aspect féminin et masculin ; c'est en somme l'expression du dualisme et du complémentarisme universel. Yin et yang n'existent que l'un par rapport à l'autre. Ils sont inséparables, et le rythme du monde celui même de leur alternance : Yi yin, si yi yang, dit le Hi-tseu : un yin, un yang, une fois yin, une fois yang.
°
L.A. photographie, les Saisies JANV.2009

samedi, janvier 10, 2009

Souvenir

la petite étoile
bleue de la Gentiane illumine
le large en moi même
ramène en mon coeur tout ce qui est... Pente très raide cet après-midi...Rassembler plutôt que divaguer...En positif le Lièvre et le Vent.

Entendre

qu'il vienne, qu'il vienne,
le temps dont on s'éprenne.
,
il faut le pratiquer très exactement

Aux promeneurs

Quand on se promène, faut-il avoir un but ou, au contraire, aller à l'aventure ? Y a-t-il une différence fondamentale entre une promenade d'utilité ( se rendre à la poste, par exemple) et la pure flânerie ? A quel moment l'une devient-elle l'autre ? L'une et l'autre n'ont-elles pas avec le voyage certains rapports ? Mais le voyage n'est-il pas aussi une sorte de promenade, simplement plus longue, plus compliquée ? Où, quand, comment décider alors de partir ? Comment affronter les difficultés parfois angoissantes et paralysantes du départ ? De quelle façon convient-il de s'équiper et de choisir les étapes ? Quelle conduite adopter devant les imprévus de la route : accidents, erreurs, intempéries ?
A bien d'autres questions d'ordre pratique cet ouvrage répond implicitement. Plutôt qu'un ensemble de directives ( qui oserait se permettre d'en donner ?) il expose en effet les résultats d'une expérience personnelle, dont chacun pourra faire ou non son profit. Ainsi le livre s'ouvre-t-il lui même avant tout comme une promenade - une promenade de promenades, pour dire mieux - dans des conditions très diverses et dans les sites les plus variés. A travers quoi se prolonge encore un autre itinéraire ( celui des ruines de Paris, de châteaux des courants d'air et de l'herbe des talus) dont la fantaisie apparente cache peut-être un sens constant plus secret.
°
Jacques Réda
Recommandations aux promeneurs
Gallimard

Une promenade,

en raquettes à neige.
L.A. photographie, col des Saisies , Janv.2009

Une fin précise

L.A. encre et crayon sur papier,
photographie, 2008

Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
Henri Michaux , Face aux verrous.
Du "Dao" originel
du commencement du réel
des signes célestes
des formes terrestres
des règles saisonnières
de l'examen des choses obscures
des esprits essentiels
de la chaîne originelle
de l'art du maître
des évaluations fallacieuses
de l'équivalence des moeurs
des résonances du "Dao"
de l'inconstance des choses
des paroles probantes
de l'utilisation des armes
montagne de propos
forêt de propos
du monde des hommes
du devoir de se cultiver
de la synthèse ultime


"ô le plus violent paradis"

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