apatheia
non pas
ne rien sentir
mais ne plus être
possédé
par ce qui passe
la colère
vient
la peur
vient
le désir
vient
et quelque chose demeure immobile
non comme une pierre
mais comme un ciel
où les nuages
passent
sentir
sans s'attacher
agir
sans être emporté
accueillir
sans posséder
l'apatheia n'est pas le froid du cœur
mais sa liberté
une chaleur
sans fièvre
une force
sans violence
un consentement
sans soumission
être là
dans le tumulte
et ne pas
devenir
le tumulte
laisser
chaque chose
venir
laisser
chaque chose
partir
et demeurer dans cette clarté sans saisie
où l'âme
ne demande plus
au monde
d'être autrement
qu'il n'est
Apatheia — ἀπάθεια
un mot grec que l’on traduit généralement par absence de passions
impassibilité ou plus justement libération
à l’égard des passions qui nous
asservissent
mais le mot
est beaucoup plus subtil
que l'idée moderne d' indifférence
chez les Stoïciens apatheia ne signifie pas devenir froid
insensible ou sans désir
le préfixe a- signifie sans et pathos désigne ce qui nous affecte
ce qui nous fait subir une passion`
L'apatheia est donc
littéralement
ne plus être entièrement livré à ce qui nous traverse
la peur peut apparaître sans devenir maître
la colère peut surgir sans devenir décision
le désir peut naître sans devenir servitude
il y a donc
une différence essentielle entre
ne rien ressentir
et
ne pas être possédé par ce que l'on ressent
une liberté intérieure
L'apatheia est ainsi
une forme de souveraineté intérieure
le monde extérieur ne dépend pas entièrement de nous
la météo la maladie la mort
l'opinion des autres
les événements
les pertes
mais notre rapport
à ces événements peut être travaillé.
le Stoïcien cherche donc à déplacer le centre de gravité
je ne peux pas toujours choisir
ce qui arrive
je peux travailler la manière dont je consens
à ce qui arrive
l'apatheia n'est pas une fuite
hors du monde
c'est une manière de demeurer dans le monde sans être entièrement
déterminé par lui
une intensification de la présence
une fois libérée du tumulte des passions
l'attention devient
disponible
le silence
devient plus audible
la lumière plus précise
le mouvement plus visible
la marche peut devenir une pratique d'apatheia
avancer sans exiger que le chemin
corresponde à
son désir
marcher sans vouloir posséder le paysage
l'apatheia pourrait être
le mouvement intérieur correspondant
se défaire de l'excès de volonté pour retrouver
une perception plus nue
le Stoïcien cherche l'apatheia
une liberté par rapport aux passions
l'apatheia pourrait alors être imaginée comme
un lac après le vent
la surface
ne nie pas la profondeur
elle ne détruit pas le mouvement
elle cesse simplement de refléter chaque perturbation
apatheia
non pas ne plus sentir
mais laisser passer
sans retenir
sans s'agripper
sans devenir chaque chose qui nous traverse.
le monde vient
le monde passe
la pensée demeure ouverte
être touché
sans être emporté
l'apatheia serait une soustraction
retirer au désir son exigence
retirer à la peur son empire
retirer au jugement son urgence
retirer au moi son besoin de tout posséder


