je
le lieu même
où les emprunts deviennent
identité
j’ai reçu
l’Histoire puis je l’ai appelée
mémoire
mémoire des morts des batailles des dates
que j’ai faites miennes
miennes les paroles des autres répétées jusqu’à
devenir ma voix
voix de Rimbaud de Dante de Bashō entrée en moi
sans demander passage
passage des livres dans ma tête des phrases
dans ma bouche
des images
dans mon regard
regard façonné par des peintres que je n’ai
jamais connus
connus aussi les slogans qui me parlent avec des mots
que je crois choisir
choisir
une marque
une voiture
une manière de vivre
choisir ce qui m’a déjà choisi
choisi par les techniques les écrans les machines
dont j’ai fait des prolongements
de moi-même
même mes gestes mes habitudes
mes façons de voir
l’invention devient
évidence
évidence d’un monde que d’autres ont construit
et que j’habite comme s’il était
naturel
naturel
mon calendrier ma frontière ma monnaie
mes mesures ma propriété
propriété
même ce mot appartient à une histoire
qui me précède
précède ma naissance
tout ce que je crois pourtant avoir reçu
de moi-même
même mes désirs
dont je découvre parfois qu’ils furent
appris
appris
répétés incorporés
jusqu’à ce que l’emprunt
disparaisse
paraisse
enfin ce paradoxe
je m’approprie le monde en oubliant
qu’il m’a d’abord
approprié
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