Les récits de la Kolyma
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réunis pour la première fois en français, retracent l'expérience de Varlam Chalamov dans les camps du Goulag où se sont écoulées dix-sept années de sa vie
Fragments qui doivent se lire comme les chapitres d'une oeuvre unique, un tableau de la Kolyma, ces récits dessinent une construction complexe, qui s'élabore à travers six recueils. Chaque texte s'ouvre sur une scène du camp. Il n' y a jamais de préambule, jamais d'explication. Le lecteur pénètre de plain-pied dans cet univers.
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Les premiers recueils, écrits peu après la libération, portent toute la charge du vécu. à mesure que le narrateur s'éloigne de l'expérience, le travail de la mémoire se porte aussi sur la possibilité ou l'impossibilité de raconter le camp. Certains thèmes sont alors repris et transformés. La circulation des motifs entre différents récits, différentes périodes, constitue à elle seule un élément capital pour le décryptage de la réalité du camp ; on y retrouve la grande préoccupation de Chalamov : comment traduire dans la langue des hommes libres une expérience vécue dans une langue de détenu, de " crevard ", composé de vingt vocables à peine ?
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Les récits s'agencent selon une esthétique moderne, celle du fragment, tout en remontant aux sources archaïques du texte, au mythe primitif de la mort provisoire, du séjour au tombeau et de la renaissance. On y apprend que le texte est avant tout matière : il est corps, pain, sépulture. C'est un texte agissant. à l'inverse, la matière du camp, les objets, la nature , le corps des détenus, sont eux-mêmes un texte, car le réel s'inscrit en eux. Le camp aura servi à l'écrivain de laboratoire pour capter la langue des choses.
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Le camp , dit Chalamov est une école négative de la vie. Aucun homme ne devrait voir ce qui s'y passe, ni même le savoir. Il s'agit en fait d'une connaissance essentielle, une connaissance de l'être, de l'état ultime de l'homme, mais acquise à un prix trop élevé. C'est aussi un savoir que l'art, désormais, ne saurait éluder.
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Les éditions Verdier
Traduit du russe par SophieBennech, Catherine Fournier, Luba Jurgenson.
Préface de Luba Jurgenson. Postface de Michel Heller.
Nouvelle édition intégrale
Ne détournons jamais les yeux. Ni de la misère, ni des plus faibles, ni des plus fragiles. Refusons la violence. Combattons l’indifférence, parce qu’elle est le premier pas vers l’inhumain. Une société ne tient que si elle protège d’abord ceux qui ont le moins.
Voilà ce que nous apprennent les « Récits de la Kolyma ». Un livre fondateur de Varlam Chalamov, écrivain russe, survivant du Goulag, qui a vécu l’enfer des camps de la Kolyma, ce bout du monde glacé où l’on apprend, jour après jour, jusqu’où l’homme peut être abaissé, et jusqu’où il peut aussi, parfois, tenir.
Chalamov ne nous offre pas une grande fresque. Il nous laisse des scènes brèves, tranchantes, sans pathos. Et c’est précisément ce dépouillement qui frappe. Dans ses pages, l’humanité ne s’effondre pas toujours par de grands crimes spectaculaires, mais par petites touches : une porte fermée, un regard détourné, un morceau de pain volé, un mot qui humilie, une fatigue qui rend cruel. Et elle survit, parfois, par l’inverse : un geste minuscule, un reste de pudeur, une solidarité sans discours, une main qui se tend quand tout pousse à se replier.
Dominique Devillepin