neuf choses à ne pas oublier
pour garder vivante en soi la poésie
ne pas oublier que la lumière
change plus souvent que nos pensées
ne pas oublier de marcher sans but
jusqu'à ce que le paysage commence à penser à notre place
ne pas oublier que les pierres
possèdent une patience dont les livres parlent rarement
ne pas oublier que le vent
est une écriture qui ne demande aucun papier
ne pas oublier que chaque arbre
porte un nom plus ancien que celui que les hommes lui ont donné
ne pas oublier que le silence
est parfois la plus exacte des métaphores
ne pas oublier qu'un départ
même minuscule agrandit toujours un peu le monde
ne pas oublier que l'émerveillement
est une discipline quotidienne et non un hasard
ne pas oublier que la poésie
n'habite pas les mots elle attend simplement
que notre regard redevienne assez libre pour la reconnaître partout
***
ne pas oublier
que le monde précède toujours les livres
ne pas oublier
que le ciel est le plus ancien des manuscrits
ne pas oublier
qu'un chemin de gravier
peut contenir davantage d'infini qu'une bibliothèque
ne pas oublier
de faire confiance aux lieux solitaires
ils savent des choses que les villes ont oubliées
ne pas oublier
que le vent ne répète j
amais exactement la même phrase
ne pas oublier
qu'une rivière pense sans concepts
et qu'elle enseigne pourtant la continuité
ne pas oublier
que la beauté apparaît souvent
lorsque personne ne cherche à la posséder
ne pas oublier
de quitter parfois son nom son histoire ses certitudes
pour devenir simplement une présence parmi
les herbes
les oiseaux
les pierres et les nuages
ne pas oublier
que la poésie n'est pas un genre littéraire
c'est une qualité d'être
une façon de respirer dans l'immensité du réel
cette version s'inscrit dans une tradition de géopoétique où le paysage devient un maître silencieux Elle fait de la poésie non une fabrication de l'esprit mais une disponibilité au monde une manière d'accorder son souffle au rythme de la terre de l'eau de la lumière et du vent